Passerelle

1979
Année de création : 1979

Passerelle est la pièce la plus notoire rattachée aux trois années qu’Alwin Nikolais passe en France (septembre 1978 à juillet 1981), appelé comme directeur fondateur du Centre national de danse contemporaine d’Angers.

 
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Passerelle

Passerelle est la pièce la plus notoire rattachée aux trois années qu’Alwin Nikolais passe en France –  septembre 1978 à juillet 1981 –, appelé  comme directeur fondateur du Centre national de danse contemporaine (CNDC) d’Angers. Au terme de la première année de formation, dix danseurs – cinq garçons et cinq filles – sont sélectionnés pour former une compagnie de l’établissement, qui traduira sur scène l’enseignement qu’ils ont reçu.

Une grande curiosité entoure la présence exceptionnelle du célèbre chorégraphe new-yorkais dans l’Hexagone, de même que le caractère pionnier de ce qui est la première école voulue par l’Etat intégralement vouée à la danse contemporaine. Passerelle sera donc accueillie dans vingt-cinq villes de l’Hexagone, et programmée au Théâtre de la Ville (Paris) comme au Festival d’Avignon en 1980.

La pièce se présente comme un pot-pourri de brèves chorégraphies issues des improvisations des danseurs eux-mêmes, à partir d’un thème fédérateur : le cirque. Dans cet extrait, chaque tableau porte un nom : « Asperges », « Présentateur solo », « Cerceau n°2 ». Alwin Nikolais en assumera l’orchestration générale, en puisant dans son talent de créateur multi-media.

Gérard Mayen

 

création en décembre 1979
 au Théâtre municipal d'Angers

chorégraphies collectives et interprétation de la compagnie du CNDC Marcia Arantès Barcellos, Emmanuelle Baudry, Véronique Bauer, Nathalie Curiallet, Agnès David, Patrice Grimout, Alain Michon, Philippe Priasso, Patrick Roger, Louis Ziegler

direction artistique Alwin Nikolais

musiques improvisées par le David Darling Ensemble David Darling (violoncelle), Johnson (guitare basse), Biff Hanon (synthétiseur), Ben Carriel (percussions multiples), John Clark (cor anglais)

éclairages et mise en scène Alwin Nikolais

production CNDC Angers

Nikolaïs, Alwin

Comme Martha Graham ou Merce Cunningham, comme quelques grands chorégraphes de la deuxième moitié du XXè siècle, Alwin Nikolais aura connu le sort envié du précurseur devenu fondateur. Certes, aucun d'eux ne fut seul à semer les germes de la Modern Dance américaine. Dans le vaste bouleversement qui marqua les années d'après-guerre, chacun affirma sa personnalité, développa ses expériences, sur la base d'un héritage qui venait aussi bien de Ruth Saint-Denis pour Graham, de Graham pour Cunningham, que de Mary Wigman et Hanya Holm pour Nikolais. Né en 1910, ce dernier cumulait en outre des pratiques artistiques multiples. Peintre, sculpteur, poète, marionnettiste, compositeur et pianiste accompagnant à seize ans déjà les films muets. Il maîtrisait ainsi des techniques qu'il emploierait simultanément dans l'élaboration de spectacles chorégraphiques parfaitement originaux. Pianiste dans un cours de danse, c'est là que, par comparaison avec ce qu'il devait jouer, il découvrit la liberté que la musique concrète offrait au danseur.

Ce qui lui vient du cinéma
Ainsi, dès 1951, il écrivit lui-même la musique de ses pièces, dont il pouvait assurer également la décoration et les lumières, dans la quête d'un théâtre total. Sa familiarité avec le cinéma porta aussi ses fruits, comme le soulignait Maurice Fleuret au début des années soixante-dix : «Ce que l'invention de Nikolais doit au luminocinétique et aux différentes formes de l'art optique a été maintes fois souligné. On n'a pas assez insisté, à mon avis, sur ce qui lui vient du cinéma : le rythme essentiellement visuel qui mène le discours théâtral, les effets obtenus par provocation des réactions rétiniennes, la décomposition du mouvement, l'élaboration d'un vocabulaire chorégraphique à base de gestes inversés comme dans un film qui se déroulerait à l'envers, et même l'humour mimique des films muets». Et comment ne pas trouver aussi dans l'usage de certains accessoires le souvenir du théâtre de marionnettes qu'il dirigea en 1937 à Hartford ?

Cela tenait du mime, de l'acrobatie, de la magie
Univers nouveau et étrange, en effet, que celui que l'on vit émerger dans les années cinquante, avec ce foisonnement de couleurs, de lumières, de trucages, qui bousculaient totalement les données esthétiques acquises. Cela tenait du mime, de l'acrobatie, de la magie. Les pièces s'appelaient « Masks» , « Props and Mobiles » (1953), « Kaleïdoscope » où hommes et femmes étaient interchangeables (1956), et la même année « Prism », véritable révolution dans l'usage de la lumière. Et puis, en 1967, c'était « Somniloquy» où la projection de diapositives sur le corps des danseurs était un pas décisif vers un théâtre total, encore plus abouti avec «Tent », en 1968. Le public parisien découvrait alors Carolyn Carlson qui ne tarderait pas à s'évader et à trouver les chemins de sa propre inspiration. Inséparable dans la vie comme dans la création, interprète inégalé, Murray Louis avait été dès le début le collaborateur le plus proche et l'inspirateur du chorégraphe. Il en détient et en propage aujourd'hui l'héritage.

Pour moi, le mouvement est primordial
Si le côté inattendu, flamboyant, protéiforme, coloré, des œuvres de Nikolais contribua à son succès, il serait absolument réducteur de faire de cette seule révolution visuelle l'essentiel de son apport à l'art chorégraphique. Sa capacité à bouleverser totalement la dynamique traditionnelle de la danse par les événements visuels ou sonores qu'il crée, est bien sa marque de fabrique et le distingue du reste de l'avant- garde, mais il souligne lui-même qu'encore plus importante et nouvelle est sa conception du mouvement. Jouant en anglais sur les mots «emotion» et «motion» (mouvement) il explique : « Les danseurs sont souvent plus concernés par l'émotion que par le mouvement. Pour moi, le mouvement est primordial – c'est la manière dont le mouvement est conditionné qui culmine dans l'émotion. En d'autres mots, c'est notre succès ou notre échec à agir dans le temps et dans l'espace, qui culmine en émotion. Cette dramaturgie de l'action est universellement comprise par les Chinois, les Africains, les Sud-Américains et les Zoulous. Nous n'avons pas besoin d'apprendre à comprendre le langage abstrait du mouvement, car le mouvement est au cœur de chaque instant de notre vie. Le danseur est donc finalement le spécialiste capable de ressentir, de percevoir et d'exécuter le mouvement ».

Une œuvre qui apparaît ici dans toute sa diversité
À partir de 1971, le Théâtre de la Ville a été le principal interlocuteur parisien d'Alwin Nikolais, invitant sa compagnie à huit reprises. Il continue aujourd'hui cette action avec le programme présenté par la Ririe-Woodbury Dance Company sous la direction artistique de Murray Louis. Fondée en 1964 par Shirley Ririe et Joan Woodbury, interprètes et chorégraphes très proches de Nikolais, cette compagnie a beaucoup contribué à la propagation d'une œuvre qui apparaît ici dans toute sa diversité. Créés au tout début des années cinquante « Noumenon » et « Tensile Involvement », sont parmi les premières illustrations d'un théâtre d'images complet mêlant le mouvement, la musique, les costumes et la lumière. Dans « Noumenon », c'est un tissu extensible qui permet tout un jeu de déformation abstraite des corps, tandis que dans « Tensile Involvement » ce sont des rubans élastiques qui structurent un espace où s'inscrivent les gestes précis, rapides, percutants des danseurs, car chacune de ces pièces ne dure que six minutes. Très bref aussi, « Lythic » (1956) nous rappelle les cérémonies mystérieuses de temps mythiques. Plus développé, sur presque trente minutes, dans une gestuelle épurée, « Mechanical Organ » évoque en une joyeuse suite de solos, duos et ensembles les joies d'une communication harmonieuse entre les êtres, ferveur et acte de foi dont on retrouve l'esprit dans le finale de « Liturgies » de 1983. Dans Crucible, de 1985, le corps humain n'est révélé que par portions successives, souvent de dos, mais jamais dans sa totalité, dans un savant assemblage de lumières et de couleurs. Totalement en contraste, « Blank on Blank », de 1987, impose la vision toute blanche d'une glaciale société nihiliste. Avec plus de cent vingt ballets, l'œuvre d'Alwin Nikolais, disparu en 1993, a traversé de ses fulgurances les cinquante dernières années du deuxième millénaire, riche à la fois des plus récentes découvertes de l'homme et témoin de ses plus ancestrales angoisses face aux lois fondamentales qui régissent l'univers.

Sources : Gérard Mannoni in programme Théâtre de la Ville/Paris 2004

En savoir plus

www.nikolaislouis.org/

Mise à jour : juillet 2012

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CNDC Angers

Le Centre national de danse contemporaine - Angers est un centre chorégraphique national (CCN). Il est doté de cinq missions à partir desquelles se définit son projet artistique et pédagogique mis en œuvre par Robert Swinston, directeur du CNDC depuis janvier 2013 : création, résidences, programmation, sensibilisation et formation avec l’École supérieure.

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