Théorie des Prodiges

2016
Année de création : 2016

À l'origine du projet, une tentative explicite de réenchanter le monde. Confirmation immédiate : il en a besoin ! Mais ici pas de pensée magique, car nul n'entre s'il n'est géomètre.On a remplacé la magie par l'image.

 
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Théorie des prodiges

À l'origine du projet, une tentative explicite de réenchanter le monde.
Confirmation immédiate : il en a besoin ! Mais ici pas de pensée magique, car nul n'entre s'il n'est géomètre.
On a remplacé la magie par l'image : et ce double inversé finit par nous priver d'imaginaire, affirment Barcellos et Biscuit.
Alors se succèdent des tableaux qui rétablissent l'ordre des réalités. L'espace scénique devient lui- même lieu de prodige.
Le sens de la vie ? C'est l'essence des sens. Le troisième tableau, peut-être le plus animal de tous, met sur le plateau les mouvements saccadés d'étranges créatures aviaires sur un plancher de grilles aux ombres aléatoires. Un bon résumé du projet : la rencontre du corps et de la pensée, de la nature et de la technique.
Le pari est aussi multidisciplinaire que multidimensionnel. Il réussit l'exploit de traverser obliquement les mondes parallèles : le monde du vivant et de sa chair éternellement mouvante, le monde de la musique et des vibrations primordiales (les cordes vocales de Camille Joutard rivalisent avec celles de la diva Plavalaguna) et, surtout, le monde du quatrième élément et de la métaphysique.
Le numérique n'est pas ici la scorie froide d'un dispositif branché. Il permet une divulgation de l'indicible que n'aurait pas reniée le Kubrick de 2001, l'Odyssée de l'espace. Il est la représentation du cantique du quantique !
Car Théorie est avant tout un spectacle de danse gnostique. Ce qu'il cherche, c'est la manifestation des essences, le retour à la source primordiale. Il se faufile dans le microcosme et laisse résonner l'infiniment grand...
Le deuxième tableau —L'oeil unique— est celui du prophète cyclopéen qui traverse la scène en de gracieux mouvements d'une sorte de taï chi cosmique...
Confronté à un dessin d'Escher en trois dimensions peuplé par des créatures issues d'encyclopédies de la Renaissance, on se laisse happer par le souffle ontologique. Entre le manuscrit de Voynich et le Codex Seraphinianus, voici une imagerie alchimique médiévale et archétypale sur laquelle on attend l'exégèse d'un C. G. Jung.
Le tissu translucide qui interfère entre le regard et la scène, et sur lequel sont projetés des mandalas, est le voile d'illusion du monde phénoménal, la Mâyâ de la tradition védique.
C'est sur lui, en toute logique, que monologue la tête pensante du dispositif (incarnée par la comédienne Florence Ricaud).

Source : Maison de la Danse

Générique

Mise en scène, musique, conception vidéo Karl Biscuit
Chorégraphie Marcia Barcellos
Décors et infographie Jean-Luc Tourné
Costumes Christian Burle assisté de Magalie Leportier
Graphisme Vincent de Chavannes
Régie lumières Célio Ménard
Régie son et vidéo Emmanuel Ramaux
Régie plateau et décors Jean-Luc Tourné
Régie générale et lumière Célio Ménard
Danseuses Caroline Chaumont, Daphné Mauger, Mayra Morelli, Sara Pasquier, Agalie Vandamme
Chanteuses Camille Joutard, Maeva Depollier
Comédienne Florence Ricaud
Administration Bruno Trohel
Coproduction Théâtre national de Chaillot - Paris, Maison de la Danse - Lyon, Centre des Arts - Enghien, Théâtre de Grasse, Maison de la Culture de Nevers et de la Nièvre, CDC Les Hivernales.
Système Castafiore est une compagnie conventionnée par la DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, et subventionnée le Conseil Départemental des Alpes-Maritimes, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Ville de Grasse.

Système Castafiore

Il n’y pas de hasard, il n’y a que des rencontres. Celle qui, en 1986, eut lieu entre Karl Biscuit, musicien, compositeur, metteur en scène, et Marcia Barcellos, danseuse-chorégraphe-chanteuse issue de l’école d’Angers sous la direction d’Alwin Nikolaïs, donna naissance quelques années plus tard à Système Castafiore, lequel occupa immédiatement une place particulière dans le vaste panorama de la jeune danse française de l’époque.
Marcia Barcellos, qui héritait de Nikolaïs le goût du cinétique, y apportait sa poésie du visuel, un univers où volumes, formes et couleurs se recomposent au gré d’une fantaisie toujours en éveil. Karl Biscuit y ajoutait une réflexion très contemporaine sur le désenchantement du monde, marquée à la fois par une distance ironique et une grande vulnérabilité.
Tous deux gardaient de leur expérience avec le collectif Lolita un esprit de liberté au sein d’une équipe.
Karl composait une bande-son faite de bouts de dialogue, de bribes de chansons ou de mélodie, d’onomatopées fonctionnant comme un scénario sonore auquel venaient s’adapter les images chorégraphiques créées par Marcia.
Avec intelligence et un vrai sens du spectacle, Système Castafiore apportait à la scène chorégraphique contemporaine un contenu aux multiples échos, libre d’interprétation.
Ainsi, d’Aktualismus en 1989 à Outrenoir, création 2004, en passant par de véritables opéras comme L’Office des longitudes, une poétique théâtrale devenue outil d’investigation, s’est peu à peu mise en place.
L’accent mis sur l’interdisciplinarité —danse, musique, scénographie— et les objets utilisés qui ne sont jamais là par hasard, tout participe à ce foisonnement de sens possibles. Derrière les personnages inhabituels, corps marchant à l’envers ou flottant dans les airs, bras ou jambes s’allongeant vers l’infini, les certitudes commencent à vaciller et le doute s’installe.
Chaque spectacle de Système Castafiore, tout en revendiquant un goût du métier et du savoir-faire, s’apparente à une joyeuse méditation.
En effet, à la différence d’autres artistes pour qui le sérieux du propos doit aller de pair avec le sérieux de la forme, Système Castafiore délivre ses subtiles perceptions sur un mode ludique. " Refaire le monde en s’amusant ", telle est sa devise. Mais le divertissement n’est qu’apparent et le rire jamais anodin. Il relève plutôt d’une conscience aigüe d’habiter un univers dont la connaissance ne sera jamais que fragmentaire. C’est un rire-diagnostic provoqué par le spectacle du monde tel qu’il va avec ses petitesses et ses trafics en tout genre, auquel s’ajoute néanmoins l’espoir de lui trouver une cohérence. Car le travail de Système Castafiore, traversé par une prodigieuse bonne humeur et une poétique sans pareille, est celui d’une présence au monde qui refuse le cynisme. Et le rire passe comme un feu purificateur.

Source : Sonia Schoonejans in Programme Ballet de l'Opéra de Lyon novembre 2013 création Atvakhabar Rhapsodies

En savoir plus : www.systeme-castafiore.com

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Maison de la Danse de Lyon

Maison de la Danse de Lyon

Dès sa création, la Maison de la Danse a fait preuve d’une conscience patrimoniale en mettant en place une politique de l’image. Une grande partie des spectacles programmés sont filmés par Charles Picq ; une collection vidéo se constitue et la danse y apparaît dans sa dimension internationale, sous toutes ses formes, genres et styles.

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