Hôsôtan

1972
Année de création : 1972
Déposée par : Numeridanse.tv

Pour cette performance qui date de 1972, Hijikata nous donne à voir un corps primitif qui puise ses énergies au creux de son ventre et, lentement, émerge du néant pour accéder à la conscience de soi.

 
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Hôsôtan

Pour cette performance qui date de 1972, Hijikata nous donne à voir un corps primitif qui puise ses énergies au creux de son ventre et, lentement, émerge du néant pour accéder à la conscience de soi.

Hijikata, Tatsumi

Tatsumi Hijikata (土方 巽 Hijikata Tatsumi, 9 mars 1928 – 21 janvier 1986) est un chorégraphe japonais qui a fondé un courant d’art de danse performative appelé Butô.[1] À la fin des années 60, il a commencé à développer cette danse à partir de ses souvenirs d’enfance passée dans le nord du Japon. C’est ce style que les Occidentaux associent généralement au Butô.   


Tatsumi Hijikata est né le 9 mars 1928 dans la région d’Akita, dans le nord du Japon, sous le nom de Yoneyama Kunio, il est le dixième d’une famille de onze enfants.[2] Après avoir fait des allées et venues entre Tokyo et sa ville d’origine pendant 5 ans, il déménage définitivement à Tokyo en 1952, l’année où se termine l’occupation américaine du Japon. Il affirme avoir d’abord survécu dans la petite délinquance, en commettant des vols et des cambriolages, mais comme il était connu pour embellir les détails de sa vie, on ne sait pas vraiment si l’on peut y croire. À cette époque, il étudie les claquettes, le jazz, le flamenco, le ballet et la danse expressionniste allemande (Nobutoshi Tsuda[3]). Il entreprend sa première performance d’Ankoku butô « Kinjiki », en 1959 en prenant le roman de Yukio Mishima comme base de départ pour créer un acte de violence chorégraphique abrupte et connoté sexuellement qui a stupéfié son public. C’est vers cette époque qu’Hijikata rencontre trois personnes qui collaboreront fortement à son travail à venir : Yukio Mishima, Eikô Hosoe et Donald Richie. En 1962, il établit avec son partenaire Motofuji Akiko, un studio de danse, Asbestos Hall (salle de l’amiante), dans le quartier de Meguro à Tokyo. Cela marquera la base de son travail chorégraphique pour le reste de sa vie : une compagnie itinérante de jeunes danseurs rassemblés ici autour de lui.

Hijikata a conçu l’Ankoku butô dès ses origines en tant que genre illégitime de l’art de la danse, il constituait la négation de tous les genres existants dans la danse japonaise. Inspiré par la criminalité de l’écrivain français Jean Genet, Hijikata rédige un manifeste sur cette forme de danse émergente, intitulé « To prison » (En prison). Sa danse serait celle de la transformation et de la gravité corporelle, poussée par l’obsession de la mort et imprégnée par le rejet implicite de la société contemporaine et de la puissance des médias. Pour plusieurs de ses premières œuvres, il s’est inspiré des figures de la littérature européenne comme le Marquis de Sade et le Comte de Lautréamont, ainsi que du mouvement surréaliste français. Ce mouvement a eu une énorme influence sur la littérature et l’art japonais et a contribué à la création d’un courant japonais autonome et influent du surréalisme, dont le personnage le plus connu est le poète Shuzo Takiguchi, qui voyait l’Ankoku butô comme une forme d’art de la danse typiquement « surréaliste ».

Tout particulièrement à la fin des années 50 et tout au long des années 60, Hijikata a mis les collaborations avec des réalisateurs, photographes, urbanistes et artistes plasticiens au centre de son approche des croisements de la chorégraphie avec d’autres formes d’art. Parmi ses collaborations les plus exceptionnelles, on peut citer son travail avec le photographe japonais Eikô Hosoe sur le livre Kamaitachi, qui retrace une série de voyages dans le nord du Japon afin d’incarner la présence de personnages mythiques et dangereux aux abords de la vie japonaise. Ce livre mentionne des histoires d’êtres surnaturels, « une belette aux griffes acérées », connues pour avoir hanté la campagne japonaise dans laquelle Hosoe a grandi. Sur les photographies, on peut voir Hijikata errant dans le paysage désolé et faisant face aux paysans et aux enfants. [4]    

À partir de 1960, Hijikata crée ses projets d’Ankoku butô en se mettant à travailler dans des cabarets avec les danseurs de sa compagnie, et joue également dans des films d’horreur « érotico-grotesques » japonais très connus, comme dans les œuvres du réalisateur Teruo Ishiii « Horror of Malformed Men » et « The Blind Woman’s Curse », dans lesquels Hijikata interprète des séquences d’Ankoku butô.    

La période de chorégraphe et d’interprète public d’Hijikata s’est étendue de la présentation de Kinjiki en 1959 jusqu’à son célèbre solo « Hijikata Tatsumi and Japanese People: Revolt of the Body » (Hijikata Tatsumi et les Japonais – La rébellion de la chair) (inspiré par les préoccupations de l’empereur romain Héliogabale et par le travail d’Hans Bellmer) en 1968, et ensuite jusqu’à ses solos au sein de chorégraphies de groupe comme « Twenty-seven Nights for Four Seasons » (Vingt-sept soirs pour quatre saisons - 1972). « Myth of the Phallus » (Le mythe du phallus - 1973) de la troupe Dairakudakan a marqué sa dernière apparition sur scène en tant qu’interprète invité. De la fin des années 60 jusqu’en 1976, Hijikata a fait des expériences en utilisant l’importante imagerie surréaliste afin de modifier les mouvements. Puis, il s’est peu à peu retiré de l’Asbestos Hall (Salle de l’amiante) et a consacré son temps à l’écriture et à la formation de sa compagnie de danse. Au cours de cette période pendant laquelle il a joué en public, le travail d’Hijikata était vu comme scandaleux et dégoûtant, il faisait partie d’une « avant-garde sale » qui refusait d’être assimilée à la société, au pouvoir et à l’art traditionnels japonais. Toutefois, Hijikata voyait lui-même son travail comme existant au-delà des paramètres des mouvements avant-gardistes de cette époque et déclarait : « Je ne me suis jamais considéré comme d’avant-garde. Si tu cours sur un circuit et que tu as un tour d’avance sur les autres, alors tu es seul et tu sembles être le premier. Peut-être que c’est ce qui m’est arrivé… ».    
La période d’isolement et de silence qu’Hijikata a passé à l’Asbestos Hall lui a permis de lier ses préoccupations sur l’Ankoku butô avec ses souvenirs d’enfance dans le nord du Japon. Il en est sorti la publication d’un texte hybride, de la longueur d’un livre sur la transformation du corps et de la mémoire, intitulé « Ailing Dancer » (La danseuse malade - 1983). Il a également réalisé des albums dans lesquels il commentait des images d’art prises dans des magazines avec des réflexions fragmentées sur la réalité corporelle et la danse. Dans le milieu des années 80, Hijikata est sorti de sa longue période de retrait, notamment en composant la chorégraphie de la pièce du danseur Kazuo Ohno, avec lequel il a commencé de travailler au début des années 60 et dont le travail est devenu une célèbre démonstration publique du Butô, malgré les profondes divisions existantes entre les préoccupations d’Hijikata et d’Ohno. Au cours du retrait d’Hijikata, le Butô a commencé à attirer l’attention du monde entier. Hijikata a envisagé de retrouver la scène et a conçu de nouveaux projets, mais il est mort soudainement d’une insuffisance hépatique en janvier 1986, à l’âge de 57 ans. L’Asbestos Hall, qui était un studio de danse mais faisait également office de bar et de cinéma, a finalement été vendu et transformé en résidence privée dans les années 2000. Toutefois, les films, albums et autres œuvres d’art d’Hijikata ont finalement été rassemblés sous forme d’archives à l’Université Keio de Tokyo.

Hijikata reste une inspiration vitale, au Japon et dans le monde entier, non seulement pour les chorégraphes et interprètes, mais également pour les artistes plasticiens, les réalisateurs, les écrivains, les musiciens, les architectes et les artistes numériques.    



Source : Research Center for the Arts and Arts Administration, Keio University (Centre de recherche sur les arts et le management de l’art, Université de Keio)