La Argentina

1986
Auteur : Ohno, Kazuo
Année de création : 1977

Robe longue et blanche, visage poudré sous une virgule de cheveux noirs surmontés d'un chapeau fleuri : c'est Kazuo Ohno dans La Argentina, son solo emblématique, hommage à la danseuse flamenca Antonia Mercé.

 
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La Argentina

Un clic mental et le danseur japonais Kazuo Ohno apparaît : robe longue et blanche, visage poudré sous une virgule de cheveux noirs surmontés d'un chapeau fleuri. C'est Ohno dans Hommage à la Argentina, son solo emblématique, créé en 1977 (il avait 71 ans), qui lui apportera une célébrité internationale et qu'il interprétera pendant plus de vingt ans.

En 1929, il assiste à un spectacle de flamenco où figure la danseuse espagnole Antonia Mercé, dite "La Argentina". 50 ans plus tard, en 1979, alors qu'il visite une exposition de son ami Natsuyuki Nakanishi, il se fige devant un tableau et reconnaît derrière les aplats de couleurs et les lignes abstraites la figure d'Antonia Mercé - ce qui lui inspire son fameux solo.

Le visage et la robe présentent le même aspect fripé et fragile; le costume est une extension du corps fragilisé du danseur et de sons personnage, la Argentina, et, réciproquement, le travestissement laisse voir le corps du vieillard et celle de la grande danseuse à laquelle il rend hommage.

sources : L'Analyse des spectacles - Patrice Pavis / lemonde.fr

Générique

Chorégraphie et interprétation : Kazuo Ohno

Réalisation vidéo : Charles Picq
Production : Maison de la Danse

DR - Nous sommes à la recherche des ayants droits de cette oeuvre. Merci de nous contacter si vous avez des informations à ce sujet à l'adresse numeridanse@maisondeladanse.com

Ohno, Kazuo

Né en 1906 à Hakodate, sur l'île septentrionale d'Hokkaido, d'un père pêcheur et d'une mère musicienne, Kazuo Ohno commence en 1926 une formation de professeur de gymnastique. Encore étudiant, il assiste en 1929 à un spectacle où figure la danseuse espagnole Antonia Mercé y Luque, dite "la Argentina". Il ne l'oubliera pas.

Il prend des cours avec un élève de la prêtresse allemande Mary Wigman, Takaya Eguchi. Après quelques solos, il rencontre surtout Tatsumi Hijikata, le pionnier du butô, événement qui sera décisif dans le parcours de Kazuo Ohno.

Dix ans durant, ils font cause commune posant les bases de cette danse des ténèbres qui rejetait le ballet occidental, affirmait un corps replié sur lui même, se nourrissait de textes littéraires. D’ailleurs, Kazuo Ohno sera Divine, le personnage du travesti imaginé par Jean Genet dans Notre-Dame des Fleurs, dans une création de Hijikata.

En 1938, à 32 ans, Kazuo Ohno est mobilisé dans l'armée japonaise, et envoyé sur le front, neuf longues années, en Chine et en Nouvelle Guinée, où il est fait prisonnier de guerre. Dès son retour, il compose un premier récital de danse qu'il présente à Tokyo en 1949.

Au milieu des années 60, Kazuo Ohno abandonne la scène..., jusqu'à ce jour de 1979 où, visitant une exposition de son ami Natsuyuki Nakanishi, il se fige devant un tableau et reconnaît derrière les aplats de couleurs et les lignes abstraites la figure de la Argentina (de son véritable nom Antonia Mercé), célèbre danseuse de flamenco du début du XXe siècle, surnommée « La Reine des Castagnettes ». La flamme du souvenir de sa jeunesse ainsi ravivée, Ohno reprend le chemin de la scène à 73 ans.

Débarquant pour la première fois en Europe de son Japon natal, Kazuo Ohno présente en 1980 au théâtre de Nancy le solo Argentina Sho (traduit en français par Hommage à la Argentina), la critique et les spectateurs de l'époque sont sous le choc. Devenu aujourd'hui légendaire, immortalisé par le cinéaste Daniel Schmid en 1995, cet Hommage à la Argentina fait connaître dans le monde entier Kazuo Ohno, et avec lui le Butô.

On annonçait, vers le milieu des années 2000, un retour sur scène, à Paris. Sa santé déclinante lui interdira de voyager. Il réapparaît sur la cover de l’album d’Anthony and the Johnsons, The Crying Light, tel qu’en lui-même, fragile et troublant. Une photo de Marc-Olivier Deschamps qui semble défier le temps. Kazuo Ohno disait : "Si vous voulez interpréter une fleur, vous pouvez la mimer, elle sera la fleur de tout le monde, banale, sans intérêt. Par contre, si vous placez la beauté de cette fleur et les émotions qu’elle évoque dans votre corps mort, la fleur que vous créerez sera vraie et unique et le public sera ému".

Mardi 1er juin 2010, Kazuo Ohno est mort d'insuffisance respiratoire à l'hôpital Senin Hoken de Yokohama, dans la banlieue de Tokyo. Il avait 103 ans.

Source: Kazuo Ohno Dance Studio

En savoir plus

kazuoohnodancestudio.com

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