Ragtime

1981
Année de création : 1980

 
close

Ragtime

création 1980

Direction Alwin Nikolais

Appelé à Angers pour créer la première école supérieure en danse contemporaine de l'Hexagone, Alwin Nikolais remet les fruits de son enseignement dans les mains d'une génération de chorégraphes français émergents. Ainsi ne fait-il que ˝diriger˝ des assemblages de courtes chorégraphies conçues par ses ex étudiants. C'est le cas des trois duos de Ragtime, sur la musique de Scott Joplin, dont l'un est ici à l'écran. Philippe Decouflé et Manuelle Robert y reprennent une composition légère remontant au festival d'Avignon de 1980.

Philippe Decouflé rejoindra ensuite Alwin Nikolais à New York, pour approfondir les principes de son théâtre chorégraphique multi-media. La notoriété ultérieure du jeune chorégraphe français, consacrée avec les cérémonies des Jeux olympiques d'Albertville (1992), ne doit pas faire oublier l'impact considérable qu'eurent les concepts d'Alwin Nikolais, avant ceux de Merce Cunningham, sur un très grand nombre d'autres jeunes danseurs et chorégraphes français contemporains en train de s'ébrouer à la fin des années 70. Avant son propre séjour angevin, l'installation en France de Carolyn Carlson et Susan Buirge, deux des brillantes interprètes américaines de Nikolais, y avait contribué.

Gérard Mayen

 

Générique

enregistré le 11 avril 1981, au Théâtre municipal d'Angers

création chorégraphique Marcia arantès Barcellos, Emmanuelle Baudry, Véronique Bauer, Agnès David, Alain Michon, Philippe Priasso, Patrick Roger, Louis Ziegler

direction artistique Alwin Nikolais

interprétation Catherine Vesque et Louis Ziegler, Manuelle Robert et Philippe Decouflé, Christine Graz et Philippe Priasso

musique Scott Joplin

lumières Ronny Bundt, assisté de Bernard Boileau

production CNDC Angers

Nikolaïs, Alwin

Comme Martha Graham ou Merce Cunningham, comme quelques grands chorégraphes de la deuxième moitié du XXè siècle, Alwin Nikolais aura connu le sort envié du précurseur devenu fondateur. Certes, aucun d'eux ne fut seul à semer les germes de la Modern Dance américaine. Dans le vaste bouleversement qui marqua les années d'après-guerre, chacun affirma sa personnalité, développa ses expériences, sur la base d'un héritage qui venait aussi bien de Ruth Saint-Denis pour Graham, de Graham pour Cunningham, que de Mary Wigman et Hanya Holm pour Nikolais. Né en 1910, ce dernier cumulait en outre des pratiques artistiques multiples. Peintre, sculpteur, poète, marionnettiste, compositeur et pianiste accompagnant à seize ans déjà les films muets. Il maîtrisait ainsi des techniques qu'il emploierait simultanément dans l'élaboration de spectacles chorégraphiques parfaitement originaux. Pianiste dans un cours de danse, c'est là que, par comparaison avec ce qu'il devait jouer, il découvrit la liberté que la musique concrète offrait au danseur.

Ce qui lui vient du cinéma
Ainsi, dès 1951, il écrivit lui-même la musique de ses pièces, dont il pouvait assurer également la décoration et les lumières, dans la quête d'un théâtre total. Sa familiarité avec le cinéma porta aussi ses fruits, comme le soulignait Maurice Fleuret au début des années soixante-dix : «Ce que l'invention de Nikolais doit au luminocinétique et aux différentes formes de l'art optique a été maintes fois souligné. On n'a pas assez insisté, à mon avis, sur ce qui lui vient du cinéma : le rythme essentiellement visuel qui mène le discours théâtral, les effets obtenus par provocation des réactions rétiniennes, la décomposition du mouvement, l'élaboration d'un vocabulaire chorégraphique à base de gestes inversés comme dans un film qui se déroulerait à l'envers, et même l'humour mimique des films muets». Et comment ne pas trouver aussi dans l'usage de certains accessoires le souvenir du théâtre de marionnettes qu'il dirigea en 1937 à Hartford ?

Cela tenait du mime, de l'acrobatie, de la magie
Univers nouveau et étrange, en effet, que celui que l'on vit émerger dans les années cinquante, avec ce foisonnement de couleurs, de lumières, de trucages, qui bousculaient totalement les données esthétiques acquises. Cela tenait du mime, de l'acrobatie, de la magie. Les pièces s'appelaient « Masks» , « Props and Mobiles » (1953), « Kaleïdoscope » où hommes et femmes étaient interchangeables (1956), et la même année « Prism », véritable révolution dans l'usage de la lumière. Et puis, en 1967, c'était « Somniloquy» où la projection de diapositives sur le corps des danseurs était un pas décisif vers un théâtre total, encore plus abouti avec «Tent », en 1968. Le public parisien découvrait alors Carolyn Carlson qui ne tarderait pas à s'évader et à trouver les chemins de sa propre inspiration. Inséparable dans la vie comme dans la création, interprète inégalé, Murray Louis avait été dès le début le collaborateur le plus proche et l'inspirateur du chorégraphe. Il en détient et en propage aujourd'hui l'héritage.

Pour moi, le mouvement est primordial
Si le côté inattendu, flamboyant, protéiforme, coloré, des œuvres de Nikolais contribua à son succès, il serait absolument réducteur de faire de cette seule révolution visuelle l'essentiel de son apport à l'art chorégraphique. Sa capacité à bouleverser totalement la dynamique traditionnelle de la danse par les événements visuels ou sonores qu'il crée, est bien sa marque de fabrique et le distingue du reste de l'avant- garde, mais il souligne lui-même qu'encore plus importante et nouvelle est sa conception du mouvement. Jouant en anglais sur les mots «emotion» et «motion» (mouvement) il explique : « Les danseurs sont souvent plus concernés par l'émotion que par le mouvement. Pour moi, le mouvement est primordial – c'est la manière dont le mouvement est conditionné qui culmine dans l'émotion. En d'autres mots, c'est notre succès ou notre échec à agir dans le temps et dans l'espace, qui culmine en émotion. Cette dramaturgie de l'action est universellement comprise par les Chinois, les Africains, les Sud-Américains et les Zoulous. Nous n'avons pas besoin d'apprendre à comprendre le langage abstrait du mouvement, car le mouvement est au cœur de chaque instant de notre vie. Le danseur est donc finalement le spécialiste capable de ressentir, de percevoir et d'exécuter le mouvement ».

Une œuvre qui apparaît ici dans toute sa diversité
À partir de 1971, le Théâtre de la Ville a été le principal interlocuteur parisien d'Alwin Nikolais, invitant sa compagnie à huit reprises. Il continue aujourd'hui cette action avec le programme présenté par la Ririe-Woodbury Dance Company sous la direction artistique de Murray Louis. Fondée en 1964 par Shirley Ririe et Joan Woodbury, interprètes et chorégraphes très proches de Nikolais, cette compagnie a beaucoup contribué à la propagation d'une œuvre qui apparaît ici dans toute sa diversité. Créés au tout début des années cinquante « Noumenon » et « Tensile Involvement », sont parmi les premières illustrations d'un théâtre d'images complet mêlant le mouvement, la musique, les costumes et la lumière. Dans « Noumenon », c'est un tissu extensible qui permet tout un jeu de déformation abstraite des corps, tandis que dans « Tensile Involvement » ce sont des rubans élastiques qui structurent un espace où s'inscrivent les gestes précis, rapides, percutants des danseurs, car chacune de ces pièces ne dure que six minutes. Très bref aussi, « Lythic » (1956) nous rappelle les cérémonies mystérieuses de temps mythiques. Plus développé, sur presque trente minutes, dans une gestuelle épurée, « Mechanical Organ » évoque en une joyeuse suite de solos, duos et ensembles les joies d'une communication harmonieuse entre les êtres, ferveur et acte de foi dont on retrouve l'esprit dans le finale de « Liturgies » de 1983. Dans Crucible, de 1985, le corps humain n'est révélé que par portions successives, souvent de dos, mais jamais dans sa totalité, dans un savant assemblage de lumières et de couleurs. Totalement en contraste, « Blank on Blank », de 1987, impose la vision toute blanche d'une glaciale société nihiliste. Avec plus de cent vingt ballets, l'œuvre d'Alwin Nikolais, disparu en 1993, a traversé de ses fulgurances les cinquante dernières années du deuxième millénaire, riche à la fois des plus récentes découvertes de l'homme et témoin de ses plus ancestrales angoisses face aux lois fondamentales qui régissent l'univers.

Sources : Gérard Mannoni in programme Théâtre de la Ville/Paris 2004

En savoir plus

www.nikolaislouis.org/

Mise à jour : juillet 2012

Cette vidéo est aussi présente dans


Collections

CNDC Angers

CNDC Angers

Le Centre national de danse contemporaine - Angers est un centre chorégraphique national (CCN). Il est doté de cinq missions à partir desquelles se définit son projet artistique et pédagogique mis en œuvre par Robert Swinston, directeur du CNDC depuis janvier 2013 : création, résidences, programmation, sensibilisation et formation avec l’École supérieure.

Voir la collection