BiT

2014
Auteur : Marin, Maguy
Année de création : 2014
Déposée par : Biennale de la danse

Au centre de cette pièce pour 6 danseurs : la question du rythme. Comment la forme advient par le rythme et comment accorder les rythmes des uns et des autres pour vivre ensemble.

 
close

BiT

Pièce pour 6 interprètes - Création 2014

Conception : Maguy Marin

En étroite collaboration avec : Ulises Alvarez, Kaïs Chouibi, Laura Frigato, Daphné Koutsafti, Mayalen Otondo / Cathy Polo, Ennio Sammarco

49e création pour Maguy Marin. Au centre de cette pièce : la question du rythme. Comment la forme advient par le rythme et comment accorder les rythmes des uns et des autres pour vivre ensemble.
Le linguiste Émile Benveniste écrit : « Le rythme c’est la forme dans l’instant qu’elle est assumée par ce qui est mouvant, mobile, fluide, c’est la forme improvisée, momentanée, modifiable. » Et c’est là ce qui anime la chorégraphe. Le rythme est une forme en constante transformation. C’est un fondement dans le déroulement de ses pièces les unes après les autres : toujours partir de ce qui a été fait, sans jamais refaire. Cette fois elle travaille avec 6 danseurs la question éminemment politique du rythme. « La seule question qui vaille, confirme Maguy Marin, c’est comment produire de la musicalité entre nous. Comment les rythmes individuels singuliers peuvent s’articuler avec le rythme des autres, pour créer quelque chose qui ouvre un partage possible. »

Source : Biennale de la danse

 

Article Danser Canal Historique - Agnès Izrine

« Notre époque n’est pas rose, et, chez Maguy Marin, elle est crépusculaire ! Sur un rythme, implacable, qui est le nerf de la pièce, comme le voulait la chorégraphe, BiT nous entraîne dans les tréfonds de l’humanité.

Contrairement aux pièces précédentes, soumises à un séquençage minutieux, d’Umwelt à Nocturnes, entrecoupées par des disparitions ou des « noirs » brutaux, BiT semble taillé à même la masse, dans une continuité obsédante, tant au niveau du mouvement que dans la gestion du groupe lui-même qui, le plus souvent, se tient par la main.

Car, au fond, Maguy Marin revient, malgré ou grâce à ces très modernes valeurs d’unité binaire qui servent de base au langage informatique, au plus archaïque, sans doute, des systèmes chorégraphiques : la ronde ou la chaîne, appelée aussi farandole au sud de la Loire, Sirtaki ou Sardane ailleurs. Si ancienne, que l’on en retrouve les motifs de base sur les parois de grottes datant de plus de 10 000 ans. Rien d’étonnant puisqu’’il s’agit ici de décrire la condition humaine dans ce qu’elle a sans doute de plus radical, de plus immémorial, soit l’être ensemble, avec ses ombres et ses lumières, ses beautés et ses débordements.

Commençant dans l’obscurité où l’on distingue finalement un petit groupe assemblé à côté de panneaux inclinés comme autant de barrières ou de barricades, ils se prennent par la main, et se glissent dans cette construction pour en revenir en dansant une sorte de farandole inexorable tandis que la bande-son répercute les échos d’une guerre proche, avec ses missiles et ses bombes, ses chocs. Images fortes et évocatrices qui s’emparent de l’histoire comme de l’actualité. Une sorte de mémoire immémorielle parcourt cette œuvre, comme si revenaient constamment ensemble passé et présent, invariants comme ces pulsations qui secouent, alignent et font danser cet embryon d’humanité, traversant des états, des écueils, des élans, des horreurs.

Cette danse simple en apparence, oscille d’un solaire sirtaki à une danse macabre où l’on copule et on viole pour s’assurer d’être vivant. On s’acharne, à être ensemble, à se tenir, à résister. Et tout y passe, le groupe se délitant et se reformant, passant d’une ambiance à l’autre avec cette insistance insensée, serpentant sur les planches, s’accrochant les uns aux autres, et finalement dégringolant à demi-nus le long de ces panneaux recouverts d’un drap rouge imprimant d’un seul mouvement toutes les images accumulées, des terreurs concentrationnaires à l’esthétique de tableaux de Géricault ou Delacroix, ou même de Brueghel l’ancien, des charniers divers à une orgie sexuelle baroque et cuivrée.

Dans BiT, tout y passe, de l’adoration de l’or aux pièges d’une société de consommation (d’ailleurs, cette farandole n’est pas sans rappeler celle, figée, de Faces) de l’obscurantisme hypocrite des religions figuré par quelques moines en chasubles aussi noirs que les messes qu’ils célèbrent, la folie du monde, la barbarie ordinaire…

Qu’est-ce que le collectif tolère ou suggère ? Que peut l’individu ? De flux en reflux, la pièce attaque ce que nous vivons, avec ces intensités variables, ces rythmes binaires qui régissent nos existences.
BiT est aussi une sorte de traversée de l’œuvre de Maguy Marin elle-même, d’une danse très cadencée, d’une scansion des corps initiée avec May B., en passant par Leçon de ténèbres et toutes les pièces qui dénonçaient ouvertement les pouvoirs en place, à Umwelt ou Turba, et leurs embâcles ou leurs débâcles, puis Salves, Faces ou Nocturnes qui font exploser notre monde en miettes… Et BiT en relève – magistralement – la continuité comme l’accentue la pièce elle-même, bâtie dans une cohésion assumée.

Et toujours, la danse reprend, sur cette bande-son formidable de Charlie Aubry jusqu’à ce que mort s’ensuive, avec ce léger coup de bassin vers l’avant qui vient ponctuer la phrase chorégraphique et souligner que le désir n’est qu’un autre nom de l’instinct de survie.

Tragique, émouvante, politique, BiT de Maguy Marin ressemble à la vie. »

Marin, Maguy

D'origine espagnole, née à Toulouse en 1951, elle étudie la danse classique au conservatoire de Toulouse. Elle entre ensuite au ballet de Strasbourg.

En 1970, elle change de direction et rejoint l'École Mudra à sa création par Maurice Béjart à Bruxelles. Trois ans de travail intense sont décisifs dans son parcours : « tous mes repères s'effondrent pour laisser apparaître la multitude des choix créatifs, la liberté, la contrainte aussi... Plus rien ne sera comme avant ». Elle sera soliste quatre saisons durant pour le Ballet du XXe siècle sous la direction de Maurice Béjart, et tente ses premières expériences de chorégraphe.

En 1974, elle participe quelques mois à un groupe de recherche théâtrale, Chandra.

En 1978, elle est encore à Bruxelles. Elle rencontre Daniel Ambash et crée avec lui une compagnie Le Ballet Théâtre de l’Arche ; son activité créatrice prend dès lors son essor. Cette même année, elle obtient un prix au Concours chorégraphique international de Bagnolet.

Entre 1980 et 1990, elle s’installe à la Maison des arts de Créteil, sa compagnie devient Centre chorégraphique national en 1985. Dès lors Maguy Marin sera une des chorégraphes les plus importante de la Nouvelle danse française, née à partir des années 70.

Son style se tourne vers un pendant français de la Tanztheater, développée en Allemagne par Pina Bausch, en intégrant de nombreux éléments théâtraux et non dansés dans ses chorégraphies.

Avec le musicien et compositeur Denis Mariotte depuis 1987, Maguy Marin creuse une langue très personnelle, fouillant le geste et les sons du corps, la danse et le texte, la musique live, en se cherchant des alliés du côté de la littérature. Cette personnalité emblématique de la danse contemporaine tourne et retourne les questions de l'identité, de l'individu dans la société, des formatages en tous genres et du difficile combat pour rester tout simplement humain.

Les œuvres de la décennie 90 questionnent la condition humaine et les phénomènes de consommation. Le propos plutôt axé sur une critique sociale, revêt une forme très sobre et même abrupte, donnant à ces pièces une puissance rare.

De 1998 à 2011, elle prend la tête du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape. En 2011, elle est redevenue compagnie indépendante, date à laquelle elle décide de quitter la direction du Centre chorégraphique

Ces dernières années, sa compagnie se crée, évolue et change, développant son travail dans le cadre de la non-danse. Aujourd'hui, plutôt que de danse à proprement parler, c'est de rythmes, de pulsations, de plans fixes, de glissements qu'il faut parler. "C'est le monde tel que nous le vivons", dit-elle, évoquant "des formes qui laissent une émanation de la pensée".

En 2012, elle s'installe dans la ville de Toulouse pour se consacrer entièrement à la recherche artistique. À ce jour, elle a réalisé une quarantaine de pièces.

Maguy Marin est l'une des très rares non Américaines à avoir reçu l'American Dance Festival Award. En 2008, elle reçoit un Bessie Award à New York pour son spectacle Unwelt présenté au Joyce Theater.

Source  : Véronique Baris CPDEPS

En savoir plus

www.compagnie-maguy-marin.fr

Cette vidéo est aussi présente dans


Collections

Biennale de la danse

Biennale de la danse

Déposée par : Biennale de la danse

Tous les deux ans, Dominique Hervieu directrice artistique de la Biennale de la Danse élabore la programmation du festival et propose « la Fabrique du Regard ». Cette fabrique a pour but d’aiguiser le regard des spectateurs, d’engager le dialogue avec les artistes et de partager des réflexions esthétiques. Cette collection dédiée à la culture chorégraphique est un outil central de la Fabrique du Regard. Bonnes découvertes …

Voir la collection
FranceDanse Brésil

FranceDanse Brésil

Déposée par : Numeridanse.tv

Affirmant son rôle prescripteur, l’Institut français a conçu l’opération FranceDanse, déclinée depuis 2007 sur tous les continents. Organisé en partenariat avec le réseau culturel français à l’étranger et avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication, ce temps fort fédère divers partenaires autour d’une programmation artistique commune. Après la Corée, l’Italie, la Russie, le Québec, la Chine ou encore New-York, FranceDanse arrive au Brésil pour plus de 70 représentations dans 15 villes. Avec 16 compagnies françaises aux esthétiques variées, des chorégraphes les plus renommés aux jeunes talents à découvrir, cette édition 2016 offre au public brésilien un temps de rencontre privilégiée avec la création française la plus actuelle. Après la Corée, l’Italie, la Russie, le Québec, la Chine ou encore New-York, FranceDanse arrive au Brésil. Avec plus de 15 compagnies françaises, des chorégraphes les plus renommés aux jeunes talents à découvrir, cette édition 2016 offre un vaste regard sur la vitalité de la danse contemporaine française. Mêlant des esthétiques très variées, c’est un temps de rencontre privilégiée du public brésilien avec la création française la plus actuelle.

Voir la collection