Gula

1993
Année de création : 1993

 
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Gula

création 1996

conception Vincent Sekwati Koko Mantsoe

Révélation du chorégraphe Vincent S. K. Manstoe au public international, la pièce « Gula » est d'abord en lice pour le prix FNB VITA Choreography Award en Afrique du Sud avant de remporter dans sa version longue intitulée « Gula Matari », le premier prix lors des premières Rencontres chorégraphiques de l'Afrique et de l'Océan Indien organisée à Luanda (Angola) en 1996. L'année suivante, c'est avec cette même version que Vincent S. K. Mantsoe remporte le Prix d'auteur du Conseil général de Seine-Saint-Denis aux 5èmes Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis (France).

Interprétée originellement par la compagnie Moving into dance de Sylvia Glasser, la pièce puise son inspiration dans la culture de Vincent Mantsoe. Articulée en deux volets, elle raconte la relation mimétique entre un homme et un oiseau : « Le titre de l'oeuvre nous parle d'un petit volatile attaché au vol d'un plus grand. Par maints contes, dans toutes les cultures, l'homme s'est identifié à l'oiseau, symbole d'immatérialité, de connaissance occulte et d'immortalité. Mantsoe interprète le solo du premier volet. L'approche de l'oiseau des savanes, sa chasse spirituelle et l'apprentissage mimétique de la métamorphose. (…) Le solo s'achève par la fusion de la danse et de son principe éthéré. (…) Le deuxième volet réunit les danseurs pour l'identification et l'envol. Les ancêtres veillent sur l'âme universelle et l'oiseau s'apprête à la traversée des trois cercles sacrés. Puis la troupe se rassemble pour former les parties du matari (…) » [1].

« Gula » figure encore aujourd'hui au répertoire de la compagnie de Vincent Sekwati Mantsoe et est fréquemment programmé dans sa version solo au cours des programmes.

[1] H. Haddad, « La danse en dix-neuf mondes et quelques recoupements », in La Danse dans le monde : Ves Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis 1996 - Centre international de Bagnolet pour les oeuvres chorégraphiques Seine-Saint-Denis, Paris : les Belles lettres, 1997, p. 47-48.

Extrait de presse

« Dans "Gula Matari", développé à partir de son solo "Gula", le chorégraphe Vincent Mantsoe (24 ans), par ailleurs danseur d'une grande richesse (...), a proposé une danse d'une grande délicatesse, déployée en partie sur des sifflements live imitant des chants d'oiseau. On est loin du cliché qui voudrait enfermer la danse africaine dans une seule gestuelle du martèlement au sol. Si la chorégraphie du groupe pêche parfois par un excès d'unisson presque militaire, en revanche le solo complexe dégage une poésie subtile où l'on peut lire le tremblement de l'oiseau blessé, des envols légers, des peurs. Le prix est bienvenu. »

Source : Marie-Christine Vernay, « Les 1ères Rencontres de création chorégraphique africaine à Luanda », Libération, 23 novembre 1995

« Dès la première édition à Luanda, en 1995, “Gula Matari” du Sud-Africain Vincent Sekwati Koko Mantsoe a prouvé que quand une pièce est bonne, elle remporte l'adhésion de tous. Dotée d'une bande-son très efficace dans laquelle dominent des cris d'oiseaux, elle mêlait d'entrée de jeu les trois composants : danse traditionnelle africaine, danse urbaine, danse classique occidentale. C'était court et spectaculaire, avec un solo brillamment défendu par le chorégraphe. Les références aux rituels africains, très prégnantes dans l'oeuvre de l'artiste, ont pourtant échappé à la majorité des observateurs occidentaux. »

Source : Salia Sanou, « Afrique danse contemporaine », sous la dir. de Dominique Frétard, Pantin : Centre national de la danse, 2008, p. 69.

Générique

Chorégraphie et interprétation Vincent Sekwati Koko MANTSOE
Musique
Gabrielle ROTH
Costumes
Vincent Sekwati Koko MANTSOE

Durée 12 minutes

Plus d'informations

http://theartchive.co.za/works/gula/

Dernière mise à jour : septembre 2013

Mantsoe, Vincent

Chorégraphe, interprète et professeur de danse, Vincent Sekwati Koko Mantsoe est né en 1971 à Soweto, township de Johannesburg (Afrique du Sud), dans le quartier de Diepkloof. Elevé dans une famille de guérisseuses (« sangomas » en zoulou) par sa mère, il assiste dès son plus jeune âge aux cérémonies rituelles de guérison lors desquelles il accompagne la transe des femmes (grand-mère, tante, mère) de ses percussions. Sa pratique chorégraphique personnelle se nourrit dans un premier temps des danses de rue influencées par les premiers clips vidéo, au nombre desquels ceux de Michael Jackson qu'il s'amuse à imiter aux côtés de son ami d'enfance Gregory Vuyani Maqoma. Ensemble avec d'autres camarades du township, ils créent un groupe de danse de rue, The Joy Dancers, qui « se produit pour le plaisir mais aussi pour transmettre un message d'espoir et de rébellion » [1]

Dans cette période où il se décrit comme « punk with a perm », Vincent Mantsoe réchappe de justesse d'un grave accident de voiture grâce aux soins de sa mère. Cette « renaissance » comme il en parle, lui fait prendre conscience de la valeur de son héritage spirituel. Chacune de ses prises de parole sera dès lors l'occasion d'évoquer ses croyances ancestrales ou les voix auxquelles il se livre quand il danse.

Devenu un étudiant studieux grâce à l'obtention d'une bourse en 1989, il suit un stage de formation au sein de la Moving Into Dance Company Mophatong (MIDM), l'une des premières compagnies multiraciales d'Afrique du Sud dirigée par Sylvia Glasser qu'il intègre à l'issue du stage. Il y étudie une vaste palette de techniques et de formes de danse, tant asiatiques et occidentales qu'africaines, tant en Afrique du Sud qu'en Australie, au Victoria College of Arts. Participant à la création de la pièce « Tranceformations » de Sylvia Glasser – devenue depuis une référence de la scène contemporaine –, il donne un nouveau départ à son art quand il réalise que la scène peut s'envisager comme le lieu d'expression de sa connaissance ancestrale intégrée, « incorporée », depuis l'enfance. C'est ainsi qu'en 1995 il participe aux 1ères Rencontres chorégraphiques de l'Afrique et de l'Océan Indien à Luanda avec la compagnie MID, et signe la pièce « Gula Matari » qui remporte le premier prix.

Devenu directeur artistique associé de la compagnie MIDM en 1997, il y crée de nombreux solos et pièces d'ensemble (« Speaking with tongues », « Tlotlo », « Naka », « Men-Jaro » and « Hanano- Blessing of the Earth ») mais collabore aussi avec d'autres compagnies en Afrique du Sud (Ballet Theatre Afrikan) mais aussi aux Etats-Unis (Dance Theatre of Harlem), en Suède (Skanes Dans Theatre), Israël (The Inbal Dance Company), et au Canada (Collective of Black Artists).

L'art chorégraphique qu'il développe alors marie la danse traditionnelle africaine à des influences contemporaines, aborigènes, asiatiques, indiennes, balinaises, s'ouvre au ballet, au Tai-chi et à différents arts martiaux, pour forger un style personnel dans la veine de l'afro fusion. Lauréat de nombreux prix (Standard Bank Young Artist of the Year Award pour la danse, 1995 ; FNB Male Choreographer of the Year, 1996 ; Prix du chorégraphe indépendant aux Rencontres internationales de Bagnolet en 1996 et 1998 ; chorégraphe de l'année au FNB Vita Award Dance Umbrella, 1999 ; Prix du public au FIND de Montréal, 1999 ; Prix du meilleur chorégraphe et du meilleur interprète de l'année au FNB Vita Awards, 2001), Vincent Mantsoe mène une carrière internationale, particulièrement au Japon, aux Etats-Unis, au Canada.

Les exigences de sa carrière internationale l'amenant à renoncer à ses responsabilités de directeur associé en 2001 pour en devenir consultant artistique, Vincent Mantsoe fonde par la suite sa propre compagnie en 2005, aux côté de son épouse, la danseuse Cécile Maubert, qu'il rencontre en travaillant avec le chorégraphe marseillais Michel Kelemenis en 1999. Basé à Saint Pont en Auvergne, il présente en ces termes la philosophie qui sous-tend le travail de l'Association Noa-Cie Vincent Mantsoe : « The spirit of dance and Ancestors are the source of the work, The free mind cannot be separated from the natural force, that ultimately create a unique way of executing different forces, which can lead to the process of transformation between the past and present » [1]. Dans cet esprit, il crée plusieurs pièces dont « Men-Jaro » (recréation 2006), « Mobu » (2007), « Ebhofolo (Cette folie) » (2008), « San » (2009), « Opera for fools » (2011), « Skwatta » (2012) et « Bloody Gauta » (2013). A son répertoire figurent également trois anciens solos : « Bupiro-Mukiti (Danse de la vie) » (2002), « Ndaa (Salutations) » (2003) et « Ntu (Rien) » (2005).

Malgré cette implantation française, Vincent Mantsoe affiche clairement son identité sud-africaine : « I'm a South African choreographer in France, not a French choreographer » [2] précise-t-il dans un article du journal « City Press » d'août 2012. La création de « Skwatta » lors du festival Jomba ! (Durban) en 2012 témoigne ainsi de son ancrage dans la société sud-africaine contemporaine : la pièce s'inspire en effet des campements de fortune qui fleurissent à travers l'Afrique du Sud. En décembre 2013, alors qu'il se prête à une variation sur l'esprit de la bourrée auvergnate dans « Au-dessus du monde » aux côtés de la compagnie musicale L'Auvergne imaginée, il en transpose l'esprit dans un vocabulaire personnel et contemporain.

[1] V. Mantsoe cité par M.-C. Vernay, «Vincent Mantsoe : "Transmettre un message social de rébellion"», Libération, 2 juillet 1997.
[3] « The complexities of Vincent Mantsoe », Citypress, 31 août 2012.

Martha Bremser, Lorna Sanders, « Fifty contemporary choreographers », Abingdon : Taylor & Francis, 2011.

Salia Sanou. « Afrique danse contemporaine », Pantin : Centre national de la danse, 2008, p. 84-85.

Marie-Christine Vernay, «Vincent Mantsoe : “Transmettre un message social de rébellion”», Libération, 2 juillet 1997.

dernière mise à jour : février 2014

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