La danse des bananes

1926
Année de création : 1926
Déposée par : Numeridanse.tv

La fameuse « danse des bananes » de Joséphine Baker consacra son personnage d'africaine, sauvage et sensuelle.

 
close

Danse des bananes (La)

Séquence extraite d'une Revue des Folies Bergère - 1926

Affranchis, les mouvements de Joséphine Baker, ses moindres déplacements laissent courir les lignes superbes de son corps selon une gesticulation poétique dont elle invente, pas après pas, geste après geste, l’incroyable sarabande.
Et cet aspect sauvage, presque mécanique, ses grimaces enfantines, le côté chaplinesque de son personnage donnent à sa danse l’étrangeté d’un rituel, dessinent une brèche dans la rigidité de la gestuelle et des comportements de son époque.

Si le génie de Joséphine Baker fut d’avoir créé une mode, sa mode, en réalisant ce que le public cherchait en elle confusément, la richesse de son talent fut de l’avoir incarnée, avec tant de passion et d’élégance. Sa nudité même signifiait bien plus alors que la seule beauté de son corps mis à nu : l’insolence orgueilleuse qu’elle affichait était aussi l’expression éclatante d’une rage et d’une victoire contre la discrimination raciale et l’intolérance.
Rappelons que lorsqu’elle ira à Vienne deux ans après le tournage de La Sirène des Tropiques, les nazis manifesteront violemment pour interdire son spectacle.

Et quand Joséphine Baker interprète son propre rôle dans la Revue des Folies Bergère de 1927, ces images sont aujourd’hui encore si émouvantes, drôles, contemporaines, que nous comprenons qu’au-delà de ce mélange de sophistication, de sincérité et de provocation que constitue sa légende, la part irréductible, essentielle d’elle-même est demeurée, à travers les années, vivante ; étincelante, absolument intacte.

Patrick Bensard

Source : La cinémathèque de la danse

 

« Joséphine Baker, qui [incarnait] l'essence africaine selon la conception que l'on en avait à l'époque, fut transformée en femme d'Afrique. Ses postures, ses grimaces évoquaient aux spectateurs les sculptures nègres. Ses bondissements, ses tortillements, sa frénésie furent perçus comme des gesticulations animales de singe, de panthère, de serpent, de girafe, de kangourou ou même de colibri. […] La nudité de Joséphine Baker, la spontanéité apparente de sa danse et son attitude joyeuse et expansive portait à croire à sa primitivité. Conjugués ensemble, ces éléments concrétisaient la représentation que le public avait de l'indigène africain.
[…] Dansant à demi-nue, Joséphine Baker révéla également un corps exotique qui incarnait les fantasmes sexuels sur la femme africaine, prétendument dépourvue des normes morales de la sexualité blanche. […]
Propulsée aux sommets par sa « danse sauvage », Joséphine Baker  figura dans de nombreux tableaux exotiques. […] Elle ne portait rien qu'une ceinture de bananes en peluche. Ce costume, qui lui resta associé sa vie durant, était des plus suggestifs lorsqu'elle se mettait à rouler des hanches, les bras levés et que les bananes s'agitaient sur ses cuisses. La fameuse « danse des bananes » consacra son personnage d'africaine, sauvage et sensuelle […] » (1).

(1) Les Danses exotiques en France : 1880 - 1940, Anne Décoret-Ahiha, Editions du Centre national de la danse, 2004, p 159-162

Gaumont Pathe Archives, collection actualités Pathé

En savoir plus

- Les Danses exotiques en France : 1880 - 1940, Anne Décoret-Ahiha, Editions du Centre national de la danse, 2004, p 157-169

- www.lesartsdecoratifs.fr

- www.erudit.org

Baker, Joséphine

(1906 – 1975)

Danseuse et chanteuse française d'origine américaine.

Elle apprend à danser dans les rues et les cours de Saint Louis (Missouri), assimilant un immense répertoire de mouvements avant de débuter à l'âge de quinze ans et de se faire remarquer par ses grimaces et ses pitreries dans le chorus de Shuffle Along (1921), où son numéro tourne en dérision l'idée même de chorus line. En 1924, elle enchaîne à Broadway avec Chocolate Dandies puis paraît dans la revue de L. Leslie au Plantation Club. Elle se produit à Paris en 1925 au théâtre des Champs-Elysées dans la Revue nègre, où son sens du rythme, sa vivacité, sa présence scénique, son exotisme face au regard du public lui valent un succès immédiat. Elle devient à dix-neuf ans le symbole du dernier engouement parisien : le jazz hot. Puis elle noue avec les Folies-Bergère une longue association qui se terminera en 1950, tournant parallèlement dans la Sirène des tropiques (1927), Zouzou (1935), et se produit dans les cabarets autour du monde.

Si, dans les années 1920, elle a été comparée à un animal par le public français, c'est en raison de préjugés raciaux, mais aussi à cause d'une apparente spontanéité qui, en fait, dissimule des pas et des danses connus (mess around, shake, shimmy) et des années de pratique quotidienne. Se baissant et se relevant, glissant, louchant, virevoltant un doigt au sommet du crâne telle une toupie, elle atteint l'essence même du jazz par sa danse faite d'une succession de changements imprévus. Qualifiée aussi de " sculpture africaine vivante ", polyrythmique et parfaitement dissociée, presque désarticulée, elle manifeste une grande élasticité et fait appel au corps entier, bassin compris : son " trémoussement forcené " viole les conventions de l'époque, suscitant des critiques qui, le plus souvent, reflètent l'hypocrisie masculine. Par son aisance d'exécution, son enthousiasme et sa joie contagieux, son abandon à la danse (en particulier dans le charleston dont elle lance la mode en France), elle symbolise les années 1920 et leur rejet de toute contrainte.

Source : Dictionnaire de la Danse, dir. Philippe Le Moal, Larousse, 1999

Mise à jour : Juillet 2013