Sanctum - Imago

1964
Année de création : 1964
Déposée par : Numeridanse.tv

Sanctum et Imago sont deux spectacles notables dans l'oeuvre d'Alwin Nikolaïs avec l'utilisation nouvelle de costumes déformant le corps des danseurs.

 
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Nikolaïs, Alwin

Comme Martha Graham ou Merce Cunningham, comme quelques grands chorégraphes de la deuxième moitié du XXè siècle, Alwin Nikolais aura connu le sort envié du précurseur devenu fondateur. Certes, aucun d'eux ne fut seul à semer les germes de la Modern Dance américaine. Dans le vaste bouleversement qui marqua les années d'après-guerre, chacun affirma sa personnalité, développa ses expériences, sur la base d'un héritage qui venait aussi bien de Ruth Saint-Denis pour Graham, de Graham pour Cunningham, que de Mary Wigman et Hanya Holm pour Nikolais. Né en 1910, ce dernier cumulait en outre des pratiques artistiques multiples. Peintre, sculpteur, poète, marionnettiste, compositeur et pianiste accompagnant à seize ans déjà les films muets. Il maîtrisait ainsi des techniques qu'il emploierait simultanément dans l'élaboration de spectacles chorégraphiques parfaitement originaux. Pianiste dans un cours de danse, c'est là que, par comparaison avec ce qu'il devait jouer, il découvrit la liberté que la musique concrète offrait au danseur.

Ce qui lui vient du cinéma
Ainsi, dès 1951, il écrivit lui-même la musique de ses pièces, dont il pouvait assurer également la décoration et les lumières, dans la quête d'un théâtre total. Sa familiarité avec le cinéma porta aussi ses fruits, comme le soulignait Maurice Fleuret au début des années soixante-dix : «Ce que l'invention de Nikolais doit au luminocinétique et aux différentes formes de l'art optique a été maintes fois souligné. On n'a pas assez insisté, à mon avis, sur ce qui lui vient du cinéma : le rythme essentiellement visuel qui mène le discours théâtral, les effets obtenus par provocation des réactions rétiniennes, la décomposition du mouvement, l'élaboration d'un vocabulaire chorégraphique à base de gestes inversés comme dans un film qui se déroulerait à l'envers, et même l'humour mimique des films muets». Et comment ne pas trouver aussi dans l'usage de certains accessoires le souvenir du théâtre de marionnettes qu'il dirigea en 1937 à Hartford ?

Cela tenait du mime, de l'acrobatie, de la magie
Univers nouveau et étrange, en effet, que celui que l'on vit émerger dans les années cinquante, avec ce foisonnement de couleurs, de lumières, de trucages, qui bousculaient totalement les données esthétiques acquises. Cela tenait du mime, de l'acrobatie, de la magie. Les pièces s'appelaient « Masks» , « Props and Mobiles » (1953), « Kaleïdoscope » où hommes et femmes étaient interchangeables (1956), et la même année « Prism », véritable révolution dans l'usage de la lumière. Et puis, en 1967, c'était « Somniloquy» où la projection de diapositives sur le corps des danseurs était un pas décisif vers un théâtre total, encore plus abouti avec «Tent », en 1968. Le public parisien découvrait alors Carolyn Carlson qui ne tarderait pas à s'évader et à trouver les chemins de sa propre inspiration. Inséparable dans la vie comme dans la création, interprète inégalé, Murray Louis avait été dès le début le collaborateur le plus proche et l'inspirateur du chorégraphe. Il en détient et en propage aujourd'hui l'héritage.

Pour moi, le mouvement est primordial
Si le côté inattendu, flamboyant, protéiforme, coloré, des œuvres de Nikolais contribua à son succès, il serait absolument réducteur de faire de cette seule révolution visuelle l'essentiel de son apport à l'art chorégraphique. Sa capacité à bouleverser totalement la dynamique traditionnelle de la danse par les événements visuels ou sonores qu'il crée, est bien sa marque de fabrique et le distingue du reste de l'avant- garde, mais il souligne lui-même qu'encore plus importante et nouvelle est sa conception du mouvement. Jouant en anglais sur les mots «emotion» et «motion» (mouvement) il explique : « Les danseurs sont souvent plus concernés par l'émotion que par le mouvement. Pour moi, le mouvement est primordial – c'est la manière dont le mouvement est conditionné qui culmine dans l'émotion. En d'autres mots, c'est notre succès ou notre échec à agir dans le temps et dans l'espace, qui culmine en émotion. Cette dramaturgie de l'action est universellement comprise par les Chinois, les Africains, les Sud-Américains et les Zoulous. Nous n'avons pas besoin d'apprendre à comprendre le langage abstrait du mouvement, car le mouvement est au cœur de chaque instant de notre vie. Le danseur est donc finalement le spécialiste capable de ressentir, de percevoir et d'exécuter le mouvement ».

Une œuvre qui apparaît ici dans toute sa diversité
À partir de 1971, le Théâtre de la Ville a été le principal interlocuteur parisien d'Alwin Nikolais, invitant sa compagnie à huit reprises. Il continue aujourd'hui cette action avec le programme présenté par la Ririe-Woodbury Dance Company sous la direction artistique de Murray Louis. Fondée en 1964 par Shirley Ririe et Joan Woodbury, interprètes et chorégraphes très proches de Nikolais, cette compagnie a beaucoup contribué à la propagation d'une œuvre qui apparaît ici dans toute sa diversité. Créés au tout début des années cinquante « Noumenon » et « Tensile Involvement », sont parmi les premières illustrations d'un théâtre d'images complet mêlant le mouvement, la musique, les costumes et la lumière. Dans « Noumenon », c'est un tissu extensible qui permet tout un jeu de déformation abstraite des corps, tandis que dans « Tensile Involvement » ce sont des rubans élastiques qui structurent un espace où s'inscrivent les gestes précis, rapides, percutants des danseurs, car chacune de ces pièces ne dure que six minutes. Très bref aussi, « Lythic » (1956) nous rappelle les cérémonies mystérieuses de temps mythiques. Plus développé, sur presque trente minutes, dans une gestuelle épurée, « Mechanical Organ » évoque en une joyeuse suite de solos, duos et ensembles les joies d'une communication harmonieuse entre les êtres, ferveur et acte de foi dont on retrouve l'esprit dans le finale de « Liturgies » de 1983. Dans Crucible, de 1985, le corps humain n'est révélé que par portions successives, souvent de dos, mais jamais dans sa totalité, dans un savant assemblage de lumières et de couleurs. Totalement en contraste, « Blank on Blank », de 1987, impose la vision toute blanche d'une glaciale société nihiliste. Avec plus de cent vingt ballets, l'œuvre d'Alwin Nikolais, disparu en 1993, a traversé de ses fulgurances les cinquante dernières années du deuxième millénaire, riche à la fois des plus récentes découvertes de l'homme et témoin de ses plus ancestrales angoisses face aux lois fondamentales qui régissent l'univers.

Sources : Gérard Mannoni in programme Théâtre de la Ville/Paris 2004

En savoir plus

www.nikolaislouis.org/

Mise à jour : juillet 2012

Louis, Murray

Murray Louis est connu dans le monde entier, non seulement en tant que danseur, mais aussi comme chorégraphe, réalisateur et pédagogue américain.

Néé à Brooklyn en 1926 de parents modestes, il grandit à New York. En 1946, il rejoint Anna Halprin à San Fransisco qui l'oriente vers Hanya Holm. C'est en 1949 qu'il rencontre Alwin Nikolaïs qui influencera largement sa carrière.

Tout en suivant des cours d'art dramatique à l'Université de New York, il fréquente la classe d'Alwin Nikolaïs à la Henry Street Playhouse. Cette même année, Murray Louis fait ses débuts comme soliste de premier plan dans la compagnie de Nikolaïs, nouvellement nommée Société Playhouse Dance et rebaptisée par la suite Nikolaïs Dance Theater.

Il commence très tôt à chorégraphier, travaillant au début avec des danseurs de Nikolaïs tels Phyllis Lamhut et Gladys Bailin, avant de devenir indépendant en 1969. Remarquable pédagogue, il aide son compagnon à élaborer son enseignement. En 1989, les deux compagnies fusionnent pour former la Nikolaïs and Louis Dance Company qu'il dirige seul après la disparition de son maître en 1993.

Auteur de plus de cent oeuvres, développant un style incisif, souvent humoristique ("Junk Dances", 1964), il se distingue de Nikolaïs par la priorité donnée aux danseurs et à ses choix musicaux éclectiques (classique, jazz, électronique). A travers sa danse, il explore le mouvement pur et l'abstraction. Le public européen le découvre dans « Hoopla » et le compare alors au mime Marceau. Acclamé par la critique, régulièrement distingué, il tourne dans le monde entier et crée notamment pour José Limon, Rudolf Noureev, le ballet de l'Opéra de Hambourg, celui de Berlin, le Ballet royal dannois et la Batsheva Dance Company. Grâce à ses livres d'essais (« Inside Dance », Saint Martin's Press, 1980 et « On Dance », A Capella Books, 1992), il se révèle un éloquent porte parole de sa profession en défendant opiniâtrement l'art de la danse.

Autres Chorégraphies

Solos

Chimera 1966 Déjà vu 1977 Antichamber 1953 Journal 1957 Five Haikus 1979 Frail Demons
1984


Danses de groupe

Bach Suite
1956 A Gothic Tale 1964 Proximities 1969 Personnae 1971 Moments
1975 Figura 1979 Four Brubeck Pieces 1984 Bach II 1988 Homage to Swedish Ballet 1995


Filmographie

Dance as an Art form, 1973 (réalisateur : M.Louis)
Nik and Murray, 1987 (réalisateur C. Blackwood)
M. Louis in concert, 1989 (compilation de solos)

Sources : Dictionnaire de la Danse, Philippe Le Moal, Larousse, 1999 ; Fondation Nikolaïs Louis

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http://www.nikolaislouis.org/

Dernière mis à jour : Janvier 2011