Le sacre du printemps

1994
Auteur : Maalem, Heddy
Année de création : 1994

 
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Sacre du printemps (Le)

Chorégraphie Heddy Maalem
Musique Igor Stravinsky

C'était une aube, Stravinsky créait "Le Sacre Du Printemps", une chose inouïe. On entendit un hymne, une ode à la Nature, la musique d'un monde, la vie, la reverdie. Nous savons maintenant qu'il composa un chant, celui des forces s'alliant du creux de la spirale au noir inéluctable. Printemps après printemps, une guerre a vomi l'autre guerre.
Le vert tendre des feuilles ne dure pas vraiment.
Voici rougir l'aube nouvelle.
On a interprété le Sacre mille fois. Inoubliable et neuve, arrive la même joie brutale, se préparent à jaillir du fond de tous les âges, des premiers temps : une orée, l'alliance des arches, le cri de l'herbe douce recoupée par la faux, l'animal et sa charge, sa battue, un flux roulant dessus et sous la terre, le rythme inexplicable de feux brûlant, la nuit, cette haie de hauts cris étouffant une plainte. La violence inextricable.
Comme l'on aimerait ne pas l'avoir perçue cette prémonition du glas des vieux tambours, leur puissance, leur persuasion vibratile qui confond dans le même : animer puis tuer.
La voici donc notre aube. Elle nous trouve occupés à l'étrange métier qui est de reconnaître les forces nouées ensemble dans les corps : danser… Au même diapason, unis dans la plus grande dysharmonie pour célébrer encore un Sacre. Danser ce qui est mort et qui renaît et qui mourra. Dire le rite, cela qui mêle le mort au vif, l'os à la cendre. Redire ce qu'un homme inscrivit de façon si unique pour célébrer encore le don d'une joie si terrible. En respirer le rythme pour la dernière et la première fois, quand déjà, sur nos yeux, retombera le voile.
Et l'Afrique : un continent tout entier contenu dans l'espace qui sépare le jour qui finit de celui qui commence, une aurore. La fin et le début d'un monde. Un autre monde encore agenouillé quand Stravinsky voit se lever à l'Est, les soleils rouges. Un continent d'où sourd en même temps qu'une promesse : l'épaisse angoisse du printemps.
Une terre qui supporte l'énorme poussée de l'univers, la force du demain bondissant.
Un dernier royaume où marcher.

Heddy Maalem - juin 2003

 

Générique

Chorégraphie Heddy Maalem Musique Igor Stravinsky Interprétée par le Cleverland Orchestra sous la direction de Pierre Boulez
Danseurs Simone Gomis, Hardo Papa Salif Ka, Eveline Gomis, Marie-Pierre Gomis, Marie Diedhiou, Shush Tenin, Serge Anagonou, Awoulath Alougbin, Rachelle Agbossou, Alou Cissé, Niama Diarra, Qudus Onikeku, Kehinde Awaiye, Taiwo Awaiye
Images Benoît Dervaux Bande son Benoît De Clerck Costumes Agathe Laemmel

Durée de 60 min

Réalisation vidéo Charles Picq

Mise à jour : juin 2012

 



Maalem, Heddy

Heddy Maalem est plutôt un homme du retrait, un homme du silence. 

Il se méfie des faux-semblants et des petits arrangements avec l'exactitude. A cette image, sa danse est simple, parfois brute, à la recherche d'un ajustement intérieur. Sans enjolivure.
Du plus profond sourd la tension secrète que l'on perçoit dans ses chorégraphies comme dans l'individu. Fils de deux terres, la France - il précise : le Languedoc - et l'Algérie, Heddy Maalem préfère se dire fils de la Méditerranée, cette mer qui tente de combler la béance entre les deux peuples. Quand on pousse sa discrétion dans ses retranchements, Heddy Maalem finit par évoquer un souvenir d'enfance, précis et fondateur : En Algérie, nous vivions dans les Aurès, à Batna. Nous habitions le "village nègre", le quartier des Africains noirs. C'était la guerre. Et on entendait sans arrêt les percussions qui rythmaient les danses de ces immigrés venus du Sud. Pour moi, depuis, la guerre et la danse sont en quelque sorte liées l'une à l'autre.

Le chorégraphe est né de cette violence, de cette séparation. Encore est-il né tard, après plusieurs années d'études aux langues O, puis de voyages, quelques métiers, et la boxe, en amateur, jusqu'à vingt-huit ans. La danse, il la croise de façon accidentelle, par l'intermédiaire de l'Aïkido qu'il enseignera de nombreuses années. Immédiatement elle lui apparaît comme « une évidence inattendue ». Une façon de bouger, d'être, qui rejoint des souvenirs personnels, anciens et même ancestraux.

Pour avoir vécu le déchirement entre les deux pays dont je suis né, j'ai le sentiment d'être un étranger. En danse, je ne peux emprunter à aucune école existante. Il me faut inventer mon langage, une langue « non marquée ».
Heddy Maalem entame alors une longue recherche sur son propre corps. Il se pose des questions simples : comment et pourquoi bouger ? Comment prendre une impulsion au sol ? Comment courir, marcher ? Peu à peu, le style se forme, d'un mouvement qui part du ventre ou du sol, pour percuter l'espace ou le partenaire, sans lyrisme mais non sans esthétisme, un style épuré mais physique.
Sa démarche mise sur le temps, il travaille le corps comme un poète travaille la langue, pour sa matière. Sa volonté de se démarquer de la frénésie ambiante signe une forme de radicalité.

Source : Site de la compagnie Heddy Maalem  (extrait d'un portrait de Dominique Crébassol)

En savoir plus

heddymaalem.com

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