Quelques notes de Mammame

1998
Année de création : 1998

 
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Mammame

réalisation Jean-François Santoni
chorégraphie Jean-Claude Gallotta
interprètes Annabelle Bonnéry, Jean-Pierre Bonomo, Karoline Boureau, Ana Caetano, Darrell Davis, Lysiane Magnet, William Patinot, Yarmo Penttila, Thierry Verger, Béatrice Warrand

Origine
« En danse, dit le chorégraphe, certains d'entre nous aiment quand on leur raconte des histoires, d'autres pas du tout. »
Mammame semble permettre cette approche. A travers l'histoire de la tribu des Mammames, il est possible de (se) raconter une histoire. Jean-Claude Gallotta le fait. « Une garnison mammame, dans le désert d'Arkadine, le 20 juin d'une années bissextile. La danse s'ouvre sur la chute d'un homme… ». Il y a là le lutin Kröll, la sorcière Nizza. Sorte d'espèce en voie de disparition, les Mammames dansent le Cabascholle.
Mais ceux qui préfèrent les jeux du corps et de l'abstraction, de sons et de sens, verront d'abord dans le mot de Mammame une sorte de chenille phonétique à douze jambes. Ce mot rampant, interminable (Mammamemammamemammame…) rappelle que toute dans prend sa source au sol.
Comme toute les chenilles, on en cherche la tête et la queue, Mammame est une larve palindrome dont on mastique le nom plutôt qu'on le prononce.
Ainsi débarrassée de la charge de porter du sens, cette succession de lettres peut être comprise comme une simple onomatopée qui rappelle que la bouche, les lèvres, les cordes vocales, le larynx, jusqu'aux sons sont également chorégraphiés. Même empêché de donner accès à la moindre évocation, le titre Mammame dit la danse. Prononcez-le, et déjà quelque chose en vous se met à danser. Mâchez-le et vous esquissez avec vos lèvres quelque chose de l'ordre du mouvement chorégraphique. En donnant au spectateur ce titre à se mettre en bouche, le chorégraphe ne lui donne pas la clé, qui entend aider humblement à reconstituer en nous la part humaine que notre indifférence coupable au monde dévitalise chaque jour un peu plus.
Claude-Henri Buffard

 

Note d'intention pour la recréation de Mammame en 1998
Reprendre Mammame aujourd'hui correspond à ce désir permanent de faire revivre les pièces chorégraphiques de la compagnie.
Il semble qu'à chaque acte chorégraphique se révèle une écriture initiale, « fabriquée » de compositions instantanées, d'improvisations ou d'écritures plus précises.
Une fois cette écriture posée se développe une interprétation créatrice.
En reprenant une pièce chorégraphique, on peut s'apercevoir de la pérennité  de cette écriture tout en découvrant les nouvelles interprétations liées aux nouveaux danseurs et à l'esprit du temps.
S'exprime aussi cette demande chaleureuse et permanente de différentes générations de spectateurs à voir ou revoir des pièces chorégraphiques qui témoignent d'une « couleur » artistique particulière.
Tout comme est né l'esprit cinéphile, peut naître aujourd'hui l'esprit choréphile.
De même mes autres chorégraphies, Mammame, demande à se frotter à la peau du temps en explorant la naissance de ces premières conditions « fabricales » pour s'aventurer amoureusement vers la scène et le public.
Résonances agiles et partagées de l'art et de la culture se dévoilant parfois frères et sœurs ennemis.
Mammame sera présentée dans sa vision la plus légère.
Puisse la « Cabascholle* » illuminer toujours nos influences et nous imprégner de poésies extractantes.
« *Comme je l'ai déjà écrit, la Cabascholle est sur le plan théorique une des façons de libérer la danse de la chorégraphie. C'est aussi en langage Mammame, La danse du courage, de l'espièglerie et de l'inter détermination absolutiste. »
Jean-Claude Gallotta

Point de vue
Gallotta a décidé, une fois pour toute, d'être là ou on ne l'attend pas.
Transfuge des Beaux-Arts, chef de tribu chorégraphique - le fameux Groupe Emile Dubois et dynamiteur de mythe comme Don Juan ou Nosferatu, le grenoblois ne cesse d'insuffler de nouvelles énergies à son talent. Pour la nouvelle création de sa compagnie, 99duos, cet artiste hors du temps a eu l'idée de revenir à ses premières amours en s'attachant à la figure du couple. Avec son compère, l'écrivain Claude-Henri Buffard, Gallotta espère "trouver un passage pour dire une autre forme et décliner ce chiffre magique, 2". Il imagine déjà ce rapport à l'autre induit dans le duo tout comme des traductions philosophiques du 1+1. Et s'en amuse:"j'ai envie de simplifier ce geste, loin des extrêmes"dit-il. Ainsi libérées des conventions chorégraphiques, les combinaisons du "mathématicien" Gallotta n'ont pas fini de s'exposer. De quoi vous réconcilier définitivement avec les chiffres.
Philippe Noisette

Générique
chorégraphie Jean-Claude Gallotta
assistante à la chorégraphie Mathilde Altaraz
répétiteur Darrell Davis
costumes Jean-Yves Langlais, adaptation Jacques Schiotto pour la nouvelle production
musique Henry Torgue et Serge Houppin
lumières Sylvain Fabry et Jean-Claude Gallotta
danseurs Annabelle Bonnéry, Jean-Pierre Bonomo, Caroline Boureau, Ana Caetano, Darrell Davis, Lysiane Magnet, William Patinot, Yarmo Penttila, Thierry Verger, Béatrice Warrand
production Centre Chorégraphique National de Grenoble avec le soutien de l'Espace Malraux – Scène Nationale de Chambéry / Savoie


durée : 68 '

dernière mise à jour octobre 2014

Gallotta, Jean-Claude

Après un séjour à New York à la fin des années 70 où il découvre l'univers de la post-modern Dance (Merce Cunningham, Yvonne Rainer, Lucinda Childs, Trisha Brown, Steve Paxton, Stuart Sherman...), Jean-Claude Gallotta fonde à Grenoble – avec Mathilde Altaraz – le Groupe Émile Dubois qui deviendra Centre chorégraphique national en 1984. Installé depuis ses débuts à la Maison de la culture (dont il sera le directeur de 1986 à 1989), il y crée plus de soixante chorégraphies présentées sur tous les continents, dont Ulysse, Mammame, Docteur Labus, Presque Don Quichotte, les Larmes de Marco Polo, 99 duos, Trois générations, Cher Ulysse...


Il a également chorégraphié plusieurs pièces pour le Ballet de l'Opéra de Lyon et pour le Ballet de l'Opéra de Paris. Invité par le metteur en scène Tadashi Suzuki à Shizuoka (Japon), il y a créé et fait travailler une compagnie japonaise de 1997 à 2000. Après l'Homme à tête de chou (à partir de l'album de Serge Gainsbourg dans une version d'Alain Bashung) en 2009, il crée en 2011 Daphnis é Chloé (Théâtre de la Ville) et le Sacre du printemps (Théâtre national de Chaillot) ; fin 2012, il présente Racheter la mort des gestes - Chroniques chorégraphiques 1 au Théâtre de la Ville, puis à la MC2 ; début 2013, la recréation d'Yvan Vaffan cherchant ainsi patiemment à partager avec le public un même récit, celui d'une histoire et d'un avenir artistique communs.

En octobre 2013, il co-signe le spectacle l'Histoire du soldat de Stravinsky et l'Amour sorcier de Manuel de Falla avec le chef d'orchestre Marc Minkowski et le metteur en scène Jacques Osinski. En 14-15, il présente le Sacre et ses révolutions à la Philharmonie de Parie et en juin, crée l'Étranger à partir du roman d'Albert Camus à la MC2 : Grenoble.

Il ouvre la saison 2015-2016 avec My Rock à la MC2 : Grenoble, puis au Théâtre du Rond-Point à Paris.

 

 

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Groupe Émile Dubois / Compagnie Jean-Claude Gallotta

Groupe Émile Dubois / Compagnie Jean-Claude Gallotta

Jean-Claude Gallotta est aujourd'hui à la tête de sa propre compagnie, le Groupe Émile Dubois, avec lequel il continue à travailler à l'extension du domaine de la danse : dialogue permanent entre création et répertoire, entre territoires de proximité et grandes scènes nationales et internationales. Quatre-vingt pièces en constituent le fonds, d'Ulysse, Daphnis é Chloé ou Mammame à l'Homme à tête de chou, Racheter la morts des gestes, l'Étranger ou My Rock.

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