Ulysse

2010
Année de création : 1993

 
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Ulysse

Ulysse / création à la Maison de la culture de Grenoble en 1981
Ulysse / recréation au Festival de Châteauvallon en 1993
chorégraphie Jean-Claude Gallotta

 

Avec Ulysse, j'ai voulu rendre hommage à la chorégraphie, raconter de manière ludique l'architecture de l'espace.
Je n'ai pas voulu théoriser sur la danse mais plutôt jouer avec certaines situations du ballet moderne et classique en les truffant de détails et de mouvements personnels.
J'ai par exemple utilisé et parfois tordu le cou à la symétrie, à la perspective, aux entrées et aux sorties, aux pas d'ensemble, aux enchaînements entre le groupe et les solistes, aux duos, aux portés dédoublés, aux comptes, aux quatuors, à la multiplicité des centres, aux marches, aux arabesques, etc... Se sont rajoutés de manière naturelle, le côté sensuel et charnel des danseurs et quelques "fêlures" qui annoncent ou rappellent d'autres chorégraphies plus tourmentées.
Une fois la pièce construite il fallait lui donner un titre. Je décidais de l'intituler : Ulysse, car la complexité de la chorégraphie m'empêchait en tant que danseur de la pénétrer facilement. Comme le héros d'Homère j'y voyais là mon propre exil et l'impossibilité d'atteindre mes propres rivages chorégraphiques.
La musique océane d'Henry Torgue et Serge Houppin, le blanc rêvé de Jean-Yves Langlais m'influencèrent dans ce choix. Avec ce titre, il était intéressant de voir apparaître toutes les correspondances qui pouvaient naître entre Homère, Joyce et la chorégraphie.
Je vous invite à partager ces correspondances, à éveiller le "soursik" qui sommeille en vous, et  raviver nos rêves enfouis.
Jean-Claude Gallotta

 

Générique (Ulysse 1993)
chorégraphe Jean-Claude Gallotta
interprètes Mathilde Altaraz, Anna Ariatta, Julia Barker, Caroline Boureau, Darrell Davis, Massimo Girogi, Prisca Harsch, Samuel Mathieu, William Patinot, Thierry Verger
choréo-mémoire / répétitrice Mathilde Altaraz
musiques Henry Torgue et Serge Houppin
espace et costumes Jean-Yves Langlais
lumières Manuel Bernard assisté de Jacques Albert
ingénieur vision Miel Engelen
ingénieur son Jean Rychaert
cadreurs Jurgen Persijn – Marc Renard – Mathy von Buel
producteur exécutif Agat Films & Cie
coproducteurs Arte – Centre Chorégraphique National de Grenoble – T.N.D.I. Châteauvallon – C.N.C.

 

 durée : 66'

 

dernière mises à jour octobre 2014

Gallotta, Jean-Claude

Après un séjour à New York à la fin des années 70 où il découvre l'univers de la post-modern Dance (Merce Cunningham, Yvonne Rainer, Lucinda Childs, Trisha Brown, Steve Paxton, Stuart Sherman...), Jean-Claude Gallotta fonde à Grenoble – avec Mathilde Altaraz – le Groupe Émile Dubois qui deviendra Centre chorégraphique national en 1984. Installé depuis ses débuts à la Maison de la culture (dont il sera le directeur de 1986 à 1989), il y crée plus de soixante chorégraphies présentées sur tous les continents, dont Ulysse, Mammame, Docteur Labus, Presque Don Quichotte, les Larmes de Marco Polo, 99 duos, Trois générations, Cher Ulysse...


Il a également chorégraphié plusieurs pièces pour le Ballet de l'Opéra de Lyon et pour le Ballet de l'Opéra de Paris. Invité par le metteur en scène Tadashi Suzuki à Shizuoka (Japon), il y a créé et fait travailler une compagnie japonaise de 1997 à 2000. Après l'Homme à tête de chou (à partir de l'album de Serge Gainsbourg dans une version d'Alain Bashung) en 2009, il crée en 2011 Daphnis é Chloé (Théâtre de la Ville) et le Sacre du printemps (Théâtre national de Chaillot) ; fin 2012, il présente Racheter la mort des gestes - Chroniques chorégraphiques 1 au Théâtre de la Ville, puis à la MC2 ; début 2013, la recréation d'Yvan Vaffan cherchant ainsi patiemment à partager avec le public un même récit, celui d'une histoire et d'un avenir artistique communs.

En octobre 2013, il co-signe le spectacle l'Histoire du soldat de Stravinsky et l'Amour sorcier de Manuel de Falla avec le chef d'orchestre Marc Minkowski et le metteur en scène Jacques Osinski. En 14-15, il présente le Sacre et ses révolutions à la Philharmonie de Parie et en juin, crée l'Étranger à partir du roman d'Albert Camus à la MC2 : Grenoble.

Il ouvre la saison 2015-2016 avec My Rock à la MC2 : Grenoble, puis au Théâtre du Rond-Point à Paris.

 

 

Delahaye, Guy

Guy Delahaye, photographe


Que la photographie accompagne la danse pour la sublimer, pour lui donner une postérité, est chose admise; la relation de Guy Delahaye au travail de Jean-Claude Gallotta est, elle, bien autre chose qu'un simple accompagnement. Elle longe si fidèlement la voie chorégraphique de Jean-Claude Gallotta depuis plus de trente ans qu'elle en est devenue indissociable. Chorégraphies de l'un et photographies de l'autre s'appartiennent, se dévoilent mutuellement, entrainant parfois le spectateur à confondre dans son souvenir la séquence réellement vue, sur la scène, et son reflet sur papier baryté.  C'est sans doute parce que les photographies de Guy Delahaye ne sont pas des images, ce sont des histoires. Ce ne sont pas des instantanés, ce sont des petites constructions de durée. Ce ne sont pas des one shots, ce sont des preuves de fidélité. Elles n'invitent pas seulement au regard, elles proposent un bout de chemin, font la conversation à celui qui veut bien le suivre.


Au geste photographique qui se réduit à un clic, voire à une rafale de clics automatiques, Guy Delahaye oppose sa geste, une longue geste poétique où se raconte la vie des héros de la scène. De la prise de vue (« je ne photographie que les gens que j'aime », dit-il) au travail secret dans la nuit du laboratoire jusqu'à l'accrochage, manu artitiani, sur les murs et les cimaises, il est question de passion, osons, d'amour. Avec Jean-Claude Gallotta, l'histoire se poursuit depuis plus de trente ans, obstinément, indéfectiblement, infatigablement.


Certes, on ne peu réduire l'aventure humaine et artistique de ce Picard têtu qui aura donné sa vie à l'acte scénique et à beaucoup (pas tous...) de ceux qui l'accomplissent à de simples chiffres. Tout de même : un million de négatifs constituent l'oeuvre de Guy Delahaye, soit un million de fois son oeil posé sur cet instant éphémère fait d'un mouvement, d'une lumière et d'un corps, qui serait, sans lui, à jamais perdu.

 

Guy Delahaye est dit photographe de spectacle. Soit. Mais du spectacle, du moins du spectaculaire, ses photos se débarrassent, au point que je n'y vois rien d'autre que des moments de vie. De l'une d'elles, Didier-Georges Gabily  a dit qu'elle était "austère et un peu folle, sans effets, sans joliesse, justement habitée". Avec Jean-Claude Gallotta, le plus beau de la rencontre est là : le photographe "prend" les interprètes comme le chorégraphe les veut, comme des gens. La frontière entre la scène et la vie réelle est abolie. Ce qui ferait la spécificité de la scène (le geste cent fois répété à l'identique) disparait. La photographie est là pour surprendre ce "jamais plus", pour, peut-être, lui donner un sursaut de vie. La scène, aussi bien chez Guy Delahaye que chez Jean-Claude Gallotta, vole à la vie réelle son unicité.



Pour cela, les photos (de spectacle) de Guy Delahaye creusent les corps et les visages. Il ne s'agit pas de montrer le sujet beau ou laid, il s'agit de le montrer; lequel pourra parfois mettre du temps à s'y reconnaître, habitué qu'il est à se vouloir beau ou à se fuir laid. Ce n'est pas le propos du photographe. Son travail est de creuser, excaver le papier pour révéler du sujet un peu de sa vérité. Il s'agit d'arrêter le mouvement, et non pas de faire semblant de le suivre, voire de l'enjoliver, pour se montrer aussi virtuose que lui; d'arrêter le mouvement de la danse pour voir ce qu'il y a l'intérieur. Aucun spectateur n'a accès à ces états intimes du danseur ou de la danseuse au moment où il accomplit son geste. Guy Delahaye a pour tache de les dévoiler, de les débusquer. La photographie qui est réputée saisir l'actuel, se fait ici plus fouilleuse encore, elle dit de l'actuel le moment imperceptible : une sensualité, un trouble, une audace, une densité, une exactitude, un désir. Y aurait-il alors trahison? Guy Delahaye l'affirme. Il trahit. Ce serait là sa mission: trahir encore et encore pour continuer à boire au calice artistique et humain auquel il croit le plus, son Graal : la fidélité.


Claude-Henri Buffard

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Groupe Émile Dubois / Compagnie Jean-Claude Gallotta

Groupe Émile Dubois / Compagnie Jean-Claude Gallotta

Jean-Claude Gallotta est aujourd'hui à la tête de sa propre compagnie, le Groupe Émile Dubois, avec lequel il continue à travailler à l'extension du domaine de la danse : dialogue permanent entre création et répertoire, entre territoires de proximité et grandes scènes nationales et internationales. Quatre-vingt pièces en constituent le fonds, d'Ulysse, Daphnis é Chloé ou Mammame à l'Homme à tête de chou, Racheter la morts des gestes, l'Étranger ou My Rock.

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