Prémonitions

2010
Année de création : 1994

 
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Prémonitions

chorégraphie Jean-Claude Gallotta
interprètes Mathilde Altaraz, Annabelle Bonnéry, Caroline Boureau, Darrell Davis, Massimo Giorgi, Makram Hamdan, Prisca Harsch, Fanny Longa, Lysiane Magnet, Samuel Mathieu, William Patinot, Geneviève Reynaud, Thierry Verger

Prémonitions, c'est essayer de dire que l'art, l'or et l'argent, et parfois un petit peu la danse, peuvent être porteurs de questions, éventuellement de messages, de messages codés ou de flux émotionnels, parler de choses très sérieuses (ou pas sérieuses du tout d'ailleurs, en hommage à Jean Carmet)... Toujours cette idée que l'art ne doit pas être trop dogmatique, trop "politico-social". Une envie d'être à l'écoute du monde, de se sentir vivant par rapport aux événements mais de trouver une manière de le dire légèrement décentrée, légèrement à côté, quelques fois en dessous, parfois en dessus, souvent entre parenthèses, et toujours dans la marge. Avec un côté joker. Une façon imagée, symbolique et impressionniste de dire les choses. La danse semble plus perméable à cela parce qu'elle n'est pas obligée de dire directement. En ce sens, elle ressemble à la musique. On n'est pas au théâtre, on est au théâtre, on n'est pas au théâtre, on danse au théâtre. Emprunt, squat... Où sommes-nous avec nos bribes de phrases et nos secrets ?
(...) Prémonitions, c'est essayer de réfléchir sur la danse et la destinée d'une manière poétique, décalée, famélique. Il faudrait trouver le terme approprié pour exprimer cette triple identité. Passeport pour l'éternité ? Lève-t-on toujours les mains devant la police ? Que dois-je faire de ces gestes ?
Prémonitions, cela veut dire aussi la chose que l'on pressent, le pressenti, la pressentie.
Ce n'est pas divinatoire mais cela rappelle plutôt ce qui s'infiltre ou qui est sous influence, qui nous influence ; le merveilleux titre de Cassavetes Une femme sous influence dont il faudrait faire les poches.
(...) Je ne sais pas si la danse doit mettre en garde ou alerter. Je ne rentre pas par cette porte trop large ou trop étroite, même si je le fais malgré moi. Très intuitivement, en dehors de mon travail d'artiste qui me dépasse parfois, je sens, en simple citoyen, deux tendances aujourd'hui. Il y aurait un grand danger mais aussi de multiples possibilités. Etre beaucoup plus ludique, beaucoup plus structuré et aussi beaucoup plus improvisateur : Decroux structurait, Barrault improvisait et cela a donné la merveilleuse marche des Enfants du Paradis ouvrant sur la break-dance et sur ce cher Bambi-Michael. Une jeunesse qui pourrait  ne pas croire les Cassandre de la peur et du mal et qui pourrait dire : "mais non, il faut y aller, sautons joyeusement dans le grand jeu daumalien !".
(...) Prémonitions, ce n'est pas simplement du désespoir ou l'annonce d'une quelconque guerre. La guerre serait-elle quelconque ? Ce sera peut-être ambigu, mais qu'est-ce qui ne l'est pas ? Y-a-t-il une chose claire aujourd'hui qui puisse se voir sans lunettes de globalité ? Les êtres vont s'aimer autrement, se toucher autrement, on va voir ça. Comme toujours, le projet va être plus grand que ce que l'on va y mettre. Mais cet art-là, cette danse-là, pourra aussi faire des petites choses simples... Des petits chuchotements du coeur ? Prendre un titre à la Delacroix et puis faire un tableau à la Paul Klee, tendre et simple...
"L'art nous donne le monde quand nous n'y sommes pas". Jean Paulhan.
(...) Les sources d'inspiration de Prémonitions ? Comme toujours le monde de l'enfance. Enfin je ne sais pas ce qui va vraiment rester. Ce sont des déclencheurs. J'ai imaginé des personnes, des individus qui ont un rituel particulier, qui décident de se retrouver à la pleine lune, un peu comme la nuit du Palolo à Tahiti ou La Vocce della Luna de Fellini. Cela arrive une fois dans l'année. Ils savent qu'il y a un rituel pour lequel ils se retrouvent dans une clairière donnée, pour y faire des jeux amoureux, ritualisés, un peu comme il y a des rituels sur le carnaval. Ce n'est pas spécialement lié au déguisement mais c'est l'endroit et le moment où on peut libérer certaines pulsions. Quand je dis libérer, ce n'est pas forcément orgiaque. Cela peut être libérer des spiritualités aussi. Quand on dit rituel, on s'imagine toujours de grands sabbats, des sorciers, tout un folklore. Mais cela peut être simplement comme des gens qui font un jeûne. Ils se donnent rendez-vous vraisemblablement pour exorciser des problèmes ou revivre tout ce qu'ils ont vécu... La mémoire des gestes...
Jean-Claude Gallotta - mai 1994

 

Générique
direction artistique et chorégraphie Jean-Claude Gallotta
assistante Mathilde Altaraz
répétitrices Louise Burns, Judy Lazaroff
interprètes Mathilde Altaraz, Annabelle Bonnéry, Caroline Boureau, Darrell Davis, Massimo Giorgi, Makram Hamdan, Prisca Harsch, Fanny Longa, Lysiane Magnet, Samuel Mathieu, William Patinot, Geneviève Reynaud, Thierry Verger
conception musicale Jean-Claude Gallotta
musique Serge Houppin et Henry Torgue
décor et costumes Jean-Yves Langlais
lumières Jacques Albert et Jean-Claude Gallotta
maquillages Catherine Kuhn
réalisation des costumes Julie Beca, Françoise Chanas, Anne Jonathan, Marion Mercier
production Centre Chorégraphique National de Grenoble
coproduction Le Cargo - Grenoble / Théâtre de la Ville - Paris / T.N.D.I. - Châteauvallon

durée : 68'

dernière mise à jour octobre 2014

Gallotta, Jean-Claude

Après un séjour à New York à la fin des années 70 où il découvre l'univers de la post-modern Dance (Merce Cunningham, Yvonne Rainer, Lucinda Childs, Trisha Brown, Steve Paxton, Stuart Sherman...), Jean-Claude Gallotta fonde à Grenoble – avec Mathilde Altaraz – le Groupe Émile Dubois qui deviendra Centre chorégraphique national en 1984. Installé depuis ses débuts à la Maison de la culture (dont il sera le directeur de 1986 à 1989), il y crée plus de soixante chorégraphies présentées sur tous les continents, dont Ulysse, Mammame, Docteur Labus, Presque Don Quichotte, les Larmes de Marco Polo, 99 duos, Trois générations, Cher Ulysse...


Il a également chorégraphié plusieurs pièces pour le Ballet de l'Opéra de Lyon et pour le Ballet de l'Opéra de Paris. Invité par le metteur en scène Tadashi Suzuki à Shizuoka (Japon), il y a créé et fait travailler une compagnie japonaise de 1997 à 2000. Après l'Homme à tête de chou (à partir de l'album de Serge Gainsbourg dans une version d'Alain Bashung) en 2009, il crée en 2011 Daphnis é Chloé (Théâtre de la Ville) et le Sacre du printemps (Théâtre national de Chaillot) ; fin 2012, il présente Racheter la mort des gestes - Chroniques chorégraphiques 1 au Théâtre de la Ville, puis à la MC2 ; début 2013, la recréation d'Yvan Vaffan cherchant ainsi patiemment à partager avec le public un même récit, celui d'une histoire et d'un avenir artistique communs.

En octobre 2013, il co-signe le spectacle l'Histoire du soldat de Stravinsky et l'Amour sorcier de Manuel de Falla avec le chef d'orchestre Marc Minkowski et le metteur en scène Jacques Osinski. En 14-15, il présente le Sacre et ses révolutions à la Philharmonie de Parie et en juin, crée l'Étranger à partir du roman d'Albert Camus à la MC2 : Grenoble.

Il ouvre la saison 2015-2016 avec My Rock à la MC2 : Grenoble, puis au Théâtre du Rond-Point à Paris.

 

 

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Groupe Émile Dubois / Compagnie Jean-Claude Gallotta

Groupe Émile Dubois / Compagnie Jean-Claude Gallotta

Jean-Claude Gallotta est aujourd'hui à la tête de sa propre compagnie, le Groupe Émile Dubois, avec lequel il continue à travailler à l'extension du domaine de la danse : dialogue permanent entre création et répertoire, entre territoires de proximité et grandes scènes nationales et internationales. Quatre-vingt pièces en constituent le fonds, d'Ulysse, Daphnis é Chloé ou Mammame à l'Homme à tête de chou, Racheter la morts des gestes, l'Étranger ou My Rock.

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